Attention coup de coeur !
"Mémoires d'Amoros"



"La lumière d'un siècle mort" (Mémoires d'Amoros T. 2)
par Felipe H. Cava et Federico Del Barrio (Editions Amok).

Derrière une couverture en négatif jaune sur noir, derrière un superbe titre (dont la signification n'apparaît que très tard dans l'histoire), le tome 2 des « Mémoires d'Amoros » ne déçoit pas. Comme dans « Signé Mister Foo », le premier opus de cette collection, les auteurs racontent les souvenirs de jeunesse d'un journaliste que le hasard met en présence de gens et d'événements à la portée politique.
Mais il ne s'agit pas pour autant d'un livre d'histoire d'Espagne en BD, loin de là. Chacune des enquêtes que raconte le journaliste (inspiré d'un personnage réel : Eduardo de Guzman, journaliste anarchiste qui a tâté des geôles de Franco et auquel l'auteur consacre une page d'hommage en guise de postface) est en elle-même à la fois une peinture de la société espagnole de l'époque et une histoire policière.
On y entre comme on lirait un Léo Mallet ou un Daeninckx. Et si je fais référence à ces deux écrivains français mis en images par Tardi, c'est qu'il y a aussi quelque chose de Tardi dans le dessin de Del Barrio. Un noir et blanc d'une rare efficacité qui privilégie les gris, les ambiances et suggère les décors plus qu'il ne les montre.
L'histoire elle-même nous entraîne sur les traces d'un trafiquant d'oeuvres d'art et son fidèle ami faussaire de génie qu'une femme au sourire énigmatique va mettre sur la route d'Angel Amoros. Cette femme, Lola Negri, est à la fois le personnage central de l'histoire et un personnage secondaire. C'est par fascination pour elle que le journaliste va remonter une piste qui le mènera jusqu'à une vente d'armes aux troupes marocaines d'Abd el-Krim opposées aux Légions de Franco.
L'histoire rejoint l'Histoire en passant par l'amour et la peinture de moeurs, un grand classique chez Cava, qui est sans doute l'un des scénaristes contemporains parmi les plus politiques. Sans intellectualisme, sans prétention non plus, il plante le décor des années précédant la guerre civile espagnole et nous montre des personnages qui sont aussi gris que les dessins de Del Barrio.

Car dans le monde de Cava, on est rarement tout à fait blanc ou tout à fait noir. On subit davantage les événements et les cheminements parfois tortueux du destin.

Thierry Bellefroid.

Images Copyrights © Cava & Del Barrio - Editions Amok 2001


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