Tintin : Contrôle de l'oeuvre ou abus de pouvoir ?


Avec tristesse....

Par Pierre Sterckx

Critique, concepteur d'exposition

Je suis attristé par la situation actuelle de l'héritage d'Hergé. Non pas que j'ai été explicitement visé par un interdit quelconque. Pour ma part, l'abandon d'un projet comme l'exposition et le catalogue L'Art d'Hergé, ou la mise au frigo de mon manuscrit Tintin et les médias furent le résultat, non pas d'un refus délibéré de la part de Fanny et Nick Rodwell, mais d'un ensemble de stratégies et de mesures trop longues à analyser ici.
Que Nick Rodwell refuse d'autre part de me laisser travailler sur un CD-rom Tintin est son droit le plus strict : j'ai épuisé auprès de lui tous mes arguments ; lesquels visaient à faire exister Tintin sur ce nouveau support, que j'ai pu expérimenter avec succès s'agissant de Magritte et qui me semblait convenir à merveille à l'oeuvre d'Hergé. Que le Musée Tintin soit quant à lui reporté aux calendes grecques est tout aussi attristant.

J'ai déclaré à qui veut l'entendre que je me dégageais affectivement et professionnellement du contexte de la tintinologie, simplement parce que le terrain de recherche y est devenu à peu près impraticable.
Un exemple récent le fera bien comprendre : les actions entreprises par Moulinsart sa à l'encontre de Jean-Louis Carette à propos du catalogue de l'exposition "Chefs d'oeuvre de la bande dessinée" (cfr. le texte de Jean-Louis Carette) ont eu des conséquences préjudiciables pour l'image de Tintin. Moulinsart a en effet interdit d'utiliser la tête de Tintin dans l'exposition, et c'est donc Alix qui a été chargé de représenter la ligne claire face à Gaston !

Dans cette affaire comme dans les autres dossiers évoqués ici, il semble que Nick Rodwell fasse l'amalgame entre la saine défense de ses droits commerciaux et un abus de pouvoir en ce qui concerne la vie culturelle de l'oeuvre.
Sous prétexte de veiller à l'intégrité du corpus hergéen, on en est arrivé à réduire sa circulation et sa présence. On impose des thèmes, on censure des auteurs, on en décourage d'autres. Et tout cela selon des arguments qui ne résistent pas un instant à un regard complice de l'univers d'Hergé.
Nick Rodwell connaît ma position à ce sujet, suite à notre régulière et abondante correspondance. Je crois savoir que Fanny n'a pas suivi tous les méandres de ces affaires. Puisse la présente intervention attirer son attention et réveiller sa vigilance, car il y a péril en la demeure.

Il ne faudrait pas en effet que des maladresses, grandes et petites, nombreuses en tout cas, finissent par ternir l'aura de Tintin, en compromettant les réseaux de savoir, de créativité, d'amour et d'imagination par lesquels elle n'avait cessé, jusqu'à présent, de se revivifier.
Une grande oeuvre ne demeure pas monumentale toute seule. C'est le pluriel des éclairages qui fait, en partie, la qualité de sa lumière.


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