Les 4 critiques de Moi sur Bd Paradisio...

Franchement, cet album est une déception. Pas au niveau du dessin, qui est sûrement ce que Larcenet a fait de mieux dans toute son oeuvre, mais pour ce qui est du reste : je ne trouve aucun intérêt à cette histoire, je ne vois pas du tout où Larcenet veut nous emmener avec son mélange humour-angoisse-fascination morbide. Nous dire que la guerre est une saloperie ? Merci, on le savait déjà... Que la violence est aveugle ? Pas vraiment sûr tant l'auteur cherche à fournir des raisons à la guerre et aux morts qu'elle entraîne... Oui en fait c'est sûrement cet aspect très ambigu de la violence qui me met mal à l'aise : on a presque l'impression d'assister à une justification de l'auto-défense et du meurtre sous couvert de dénonciation des puissants qui envoient le peuple à la mort... Et puis où est l'humain là-dedans ? Tous les personnages sont détestables, trop bêtes, trop sûrs d'eux, même Van Gogh est montré comme un Rambo du pauvre, et ce ne sont pas les quelques répliques (plutôt drôles, mais très proches de l'autocitation de "Soyons fous", le premier livre de Larcenet) sur le peintre qui veut "faire exploser son désarroi à la face du monde" qui le rachèteront à mes yeux.
Je suis toujours effaré qu'on ne parle pas plus de Bézian, qui est quand même un des auteurs qui manie le plus habilement et le plus originalement les codes de la bande dessinée tout en ayant développé un ton et un talent de raconteur qui en font à mes yeux une (la ?) grande référence du fantastique en bande dessinée... Bon je ne vais pas spécifier l'histoire (bdparadisio fournit le synopsis), qui met en jeu plusieurs personnages à plusieurs époques différentes, mais le tout relié par le fameux Adam Sarlech et les affaires de famille de la lugubre et mystérieuse famille Malherbe. J'aimerais plus insister sur le style particulier qu'insuffle Bézian à l'ensemble : dès la vision du décor XIXe siècle (et de tout ce qui va avec), on décèle l'influence d'Edgar Poe ; mais Bézian ne se contente pas de réutiliser de vieilles ficelles, il utilise à plein les ressources de la bande dessinée pour nourrir son histoire de fantastique et d'angoisse gràce à l'emploi de plusieurs procédés tels que l'alternance noir et blanc-couleur ou planches en couleur directe, qui bien que peu nombreuses ont toujours une place bien précise et une utilité dans le récit, en plus de participer à l'atmosphère... De plus cette trilogie réalisée sur plusieurs années nous permet d'apprécier les évolutions du style de l'auteur, qui parvient à une efficacité rare dans la dernière histoire. Bref une grande oeuvre. NB : Pour ceux qui aurait apprécié le voyage, je conseille encore plus fort "Chien rouge, chien noir" du même Bézian, où l'auteur pousse encore plus loin ses recherches et ses parti-pris.
Bon, tout d'abord, je précise que je ne connais ce tome que d'après sa prépublication dans Télérama, ce qui peut influencer mon jugement... Tout est dit dans le résumé sur ce site : après avoir tout dessiné, Isaac s'emmerde, et Blain semble avoir peur de faire de même. Résultat, il casse son récit dès les premières pages en foutant la plupart de ces créations à la flotte (au propre et au figuré bien sûr). Ensuite, le récit suit la dérive d'Isaac et il ne se passe plus grand chose. Le défi pour l'auteur est donc de ne pas rendre ce quasi-vide ennuyeux tout en évitant de verser dans l'épopée... Les lieux et les personnages se suivent donc, l'un chasse l'autre et ellipses (la plus surprenante étant celle entre les planches 28 et 29) et fausses pistes sont de rigueur, à croire que l'histoire a été faite exprès pour le feuilleton... Mais le problème est qu'avec ça l'histoire (volontairement ou non ? -je serais tenté de penser que c'est volontaire-) n'avance quasiment pas et que la fin arrive en queue de poisson. Reste le graphisme pour se consoler, mais j'espérais autre chose de ce livre qu'un "album de transition".
Pour ma première critique sur BDparadisio, j'ai choisi le livre dont on a sans doute parlé le plus dans ces dernières semaines... Mais au-delà de tout ce qui a été déjà dit, je voudrais insister sur la formidable puissance romanesque des histoires de Christophe Blain : par delà les prouesses graphiques (y compris d'ailleurs la couleur, qui n'est pas pour rien dans le charme du livre, tissant des réminiscences entre les dessins et les gravures coloriées qu'on retrouve dans quelque vieux livre) qu'on ne finira jamais de louer et une intrigue solide, Blain a su capter l'essence de ce qu'on pourrait appeler la bande dessinée d'aventure, dans ce qu'elle a de plus noble. Et sans trop m'avancer je dirais qu'on tient là le vrai héritier de Stevenson, qui a compris que la vraie aventure devait aussi avoir sa part de violence et de cruauté, et qui sait trouver les anecdotes poétiques ou au contraire "qui font vrai". Il est d'ailleurs surprenant d'entendre Blain dire qu'il est plus calé en western qu'en pirates, tant il sait montrer à la fois les mythes (surtout dans le premier tome) et les aspects plus crus (surtout dans le deuxième) liés au pirate. Et c'est ainsi cette dualité qui permet (peut-être) d'envisager l'histoire globale d'Isaac le pirate : Isaac vit dans ses rêves pour ensuite se prendre la réalité dans la gueule, alors que sa chère Alice s'extrait de son milieu pour aller vers ses rêves. Voilà, j'espère ne pas avoir été trop long ou trop tordu. Bonne lecture.

 
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