Les 8 critiques de jbt900 sur Bd Paradisio...

L'avant dernier tome de la série (mais le dernier paru à ce jour) est un sommet de cette saga autobiographique que l'on peut qualifier de culte à tous points de vue. Le dessin est plus que jamais maîtrisé, et pour dépeindre l'aggravation de la maladie et des crises de Tito, David B utilise des ombres et des dégradés très étudiés, franchement réussis. Ce tome 5 fait ressurgir sur le devant de la scène Tito, qui a alors 18 ans et le BEPC en poche, ses crises l'empêchant depuis un moment de suivre une scolarité normale. Pis, après une bagarre dans le centre pour handicapés, il retourne chez lui. Son comportement se modifie et devient carrément violent. Les scènes de dispute et d'agression envers les siens sont vraiment poignantes. Emouvantes mais sans gratuité, ces planches soutenues par ce dessin si juste sont vraiment très réussies, et comptent parmi les meilleures de toute la série. Par leur force évocatrice, elles captivent le lecteur sans lui faire ressentir le moindre voyeurisme. David B prouve une fois de plus qu'il est un conteur hors pair, et continue de captiver ses lecteurs avec le tome peut être le plus noir des 5. La visite dans le centre pour enfants atteints d'handicap moteur est également très touchante : les réactions à retardement de Tito et son isolement face aux dessins que David réalise pour les enfants sont une parfaite illustration de leurs différences nées de la maladie. En parallèle à ces événements, le narrateur se montre plus que jamais attaché à sa passion pour le dessin. La scène où il se remet en cause, où il se demande à quel point sa productivité incroyable pour le dessin n'a pas déstabilisé son frère est vraiment belle. Pour une fois, une connotation négative est attribué à l'art, alors que jusqu'à maintenant, ces dessins et ces livres isolaient le narrateur certes mais le rendaient plus fort pour affronter la situation, et donc pouvaient être perçues comme uniquement positives. Un tome 5 grandiose qui ne présente qu'un seul défaut : le tome 6 (le dernier) se fait cruellement attendre !
Big Baby par jbt900
Voilà un bien bel album à mettre à l'actif des éditions Cornélius qui nous offrent un recueil de quatre histoires traduites en français de Burns et de son héros Tony, alias Big Baby. Vendu avec un petit supplément broché d'illustrations en couleurs et qui en reprenant le style de couverture de Tintin, nous offre un premier aperçu du ton décalé de Burns. Car le ton de Burns tout au long de ces 4 histoires est vraiment original, un mélange de souvenirs d'enfance (peut-être) et de vision rétrospective de l'adulte qu'il est devenu. La solitude de Tony est au centre de chaque aventure, et le thème du rêve éveillé, de l'étape initiatique (sur la dernière aventure au centre de vacances) sont des thèmes abondants dans la littérature mais qui sont ici interprétés de manière très efficace. Burns sait saupoudrer le tout d'une bonne dose de fiction noire et inquiétante qui aboutit à des scénarii à la fois intimistes et fédérateurs. La dimension fantastique fait plus que combler ces histoires, elle les soutient et parfois même les tire en avant en créant une atmosphère à la fois lourde (l'environnement agressif) et innocente (les découvertes de l'enfance). Le dessin est un noir et blanc très recherché sous des apparences de simplicité et il participe vraiment à la cohésion d'un ensemble graphisme/scénario particulièrement brillant. S'appuyant sur des codes rappelant les années 60, Big Baby est un album très prenant qui m'a fait découvrir l'univers de Burns toujours d'actualité, même si les monstres sanguinolents apportent un charme désuet attachant.
Pyongyang par jbt900
Je ne connaissais pas Delisle, et je dois avouer que ce premier album lu va certainement me pousser à ne pas en rester là. Les récits autobiographiques peuvent être de deux sortes : mal racontés, ils deviennent rapidement un calvaire intimiste qui ne touche pas le lecteur ou qui lui passe au-dessus; et bien racontés, ils se transforment en véritable petit bijou de le BD. C'est dans cette deuxième catégorie qu'entre Pyongyang, avec une force narrative particulièrement brillante. Le ton est très juste et donne un parfait décalage entre la vie occidentale telle que la connaît Delisle et le quotidien de ce régime totalitaire qu'est la Corée du Nord. Le moindre détail devient le vecteur d'une réflexion humaine qui ne s'embarrasse ni de questions fumeuses ni de théories fantasques : le narrateur est un Homme comme vous et moi. Ses réflexions sont pertinentes et elles ont un écho que tout lecteur partagera à la lecture de cet album. Les pensées décalées de l'auteur apportent un comique qui constitue un violent contraste avec l'univers décrit. De tous petits détails prennent une importance aiguë dans l'analyse sociologique et politique de ce monde si différent du notre. Des anecdotes du quotidien revêtent un ton croustillant et joyeux qui invitent le lecteur à s'imprégner complètement de cette ambiance atypique. C'est tellement mesuré, drôle et bien rapporté qu'on a vraiment l'impression de partir avec lui et de partager sa chambre dans l'hôtel froid et impersonnel où il loge. Le dessin en nuances de gris s'accorde parfaitement à l'histoire décrite, les bâtiments et les autres signes du régime apparaissent parfois sur des planches d'une page entière très réussies. Le découpage est varié, et participe à la facile lecture de la BD. Gros pavé, cet album n'est toutefois jamais ennuyeux, et le rythme est savamment dosé. Ces trois mois passés par Delisle à Pyongyang se déroulent devant nos yeux curieux et enthousiastes et je suis littéralement tombé sous le charme de cet univers et de ce ton qui ne tombe ni dans la caricature ni dans le parti pris.
Le tome 4 se veut un prolongement du tome 3, avec un accent moindre sur la maladie de Tito, qui est parti se faire suivre dans un centre pour handicapés loin de sa famille. Le récit se concentre donc sur le narrateur et les parents qui se donnent sans compter dans la recherche d'un moyen de guérison pour leur fils aîné. Ce tome 4 est très intéressant car il positionne l'imaginaire du narrateur qui va devenir celui de l'auteur que nous connaissons aujourd'hui. Par quelques planches au ton adapté, il évoque la question juive lorsqu'il décide de s'appeler dorénavant David. De plus c'est à partir de ce moment là que le narrateur commence à noter ses rêves. Et lorsqu'on connaît l'univers de David B, et qu'on a aimé la lecture de son "Cheval blême", des "incidents de la nuit", de "la lecture des ruines", il est fascinant de découvrir les prémices de cette imagination débridée dans la lecture de ce tome 4. L'importance des livres est également montrée, et on devine à quel point cet univers littéraire a été primordial pour aider le petit frère à appréhender et à vaincre la maladie de son frère. Les planches qui montrent David en train d'exciter la réaction de Tito sont très fortes. Sans chercher à s'apitoyer ni à verser dans le nombrilisme, David B parvient à faire ressentir les choses, à faire passer les sentiments qui l'animaient alors. A côté de cette justesse de ton et de cette sensibilité jamais calculée car très naturelle, le dessin est toujours aussi bon. Il soutient l'histoire, et la bichromie se mue en un dégradé d'ombres qui annonce l'apogée que représentera la suite de la série.
Ce troisième tome semble un peu moins axée sur la maladie de Jean-Christophe que les 2 premiers albums. En réalité l'épilepsie du frère aîné est toujours au centre de l'histoire, mais si elle reste aussi pesante, aussi présente aussi, elle est un peu éclipsée par l'émergence des relations frères / sœur ainsi que par le chemin que suit le narrateur. De plus à travers les visites chez les gourous, les rebouteux plus ou moins honnêtes, c'est toute la société des années 70 qui est abordée ici, bref, un décor bien plus ample et ouvert qu'on pourrait le penser sans avoir lue cette BD. On voit le narrateur à 12 ans, passionné d'histoires et d'Histoire, se réfugiant dans un monde qui ferait peur à bien d'autres enfants, pour échapper au destin de son frère. A travers ses réactions d'enfant, David B. pose des questions délicates par le biais de planches très fortes, chargées d'émotion, qui ne peuvent qu'interroger le lecteur sur une réelle problématique. La scène où le petit frère s'interroge sur le destin de son frère épileptique, se demandant s'il ne vaudrait pas mieux le voir mourir pour le bien de tous, est particulièrement forte. Mais là où David B. est vraiment très fort, c'est qu'il ne laisse jamais le lecteur rester sur une impression trop longtemps. Il varie les scènes, et les situations; démontrant ainsi un talent certain pour raconter une histoire, quelle qu'elle soit. Deuxième aspect intéressant, particulièrement visible sur cette scène "interrogation sur la mort du grand frère", c'est la justesse du ton choisi. Il ne cherche pas à s'apitoyer, à se faire plaindre, ne donne jamais l'impression d'en faire trop, et il se contente d'être vrai. Le dessin supporte toujours magnifiquement cette histoire hors norme, même s'il n'est vraiment épatant que lorsque David B. représente la maladie sous la forme de serpents, d'hydres, ou qu'il jette les images de son imaginaire d'alors, celui qui lui servait d'échappatoire, de défouloir. Un tout petit peu en dessous des 2 premiers tomes, ce 3ème album reste toutefois dans la même veine et s'achève sur une situation déchirante, qui fait avancer l'histoire en même temps que l'attachement du lecteur à ces destins terribles.
Ce deuxième tome s'attarde sur le monde de la macrobiotique, et présente un univers inconnu pour la majorité du lecteur, avec une vision et un ton très justes. La destinée des ancêtres peut paraître parfois longue, d'ailleurs une planche représente la mère et l'auteur, au présent, s'interrogent sur l'intérêt de ces histoires pour le lecteur. Mais David B. nous explique l'intérêt de ces scènes familiales, et c'est peut être le seul défaut que je peux trouver à ce 2° album : cette explication n'était peut être pas nécessaire, le lecteur aurait certainement trouvé la clé sans. Car rien n'est présenté ici par volonté de s'afficher, mais tout est simplement destiné à faire passer le message de l'auteur, tout va dans un seul sens, qui ne fait que bâtir une explication aux univers de David B. l'auteur de BD. Néanmoins ce 2ème tome est tellement bien écrit, si bien raconté (dans la veine du 1er donc) que son auteur dépasse les intérêts du lecteur pour l'épilepsie de son frère ou son éclosion personnelle d'artiste. Jamais une BD ne m'avait autant touché que cette Ascension du haut mal, et ce 2ème tome me pousse à vouloir continuer la série, c'est une évidence. Parce que David B. fait preuve d'une maestria peu commune et m'a vraiment émerveillé, ému, étonné, bref conquis. Parce que dans ce tome 2 on retrouve son attirance pour le Japon et ses légendes (et son autre BD "Le tengû carré" toujours à l'Association résonne différemment, éclairée par la lecture du présent ouvrage). Parce que cette série s'appuie sur des visions oniriques qui subliment l'imaginaire de son auteur, et ne peuvent que refléter les préoccupations imaginaires de chacun. Parce qu'enfin cette œuvre sonne juste, vraie, et qu'elle rend honneur à l'art dans ce qu'il a de plus beau : nous faire vaciller, nous faire réfléchir, nous transporter au-delà de notre simple condition de spectateur.
Ce premier tome d'une série autobiographique qui devrait comporter 6 tomes couvre la période 1964-1969. C'est ici et maintenant que David B. plante le décor de sa série la plus personnelle avec en prime une édition splendide chez l'Association, dans la collection Eperluette. La couverture souple en couleur jaune et noire est superbe, résumant à la perfection, en une seule image, en un seul méandre de personnages et de formes au second plan, la puissance évocatrice de cette série. David B. nous offre un récit construit sur un mode narratif peu habituel, alternant les points de vue du présent, de l'auteur de BD, et les points de vue de l'enfant qu'il était entre 1964 et 1969. Son dessin tout en contrastes de noir et de blanc, est à la fois simple et terriblement efficace. Il ne s'embarrasse pas de considérations fumeuses pour aller là où il le veut : à l'essentiel. Ce 1er tome se révèle en peu de pages comme une drogue dure, on ne la lâche plus, on est absorbé par cette histoire, et pour peu qu'on se retrouve à un moment ou à un autre dans l'histoire de cette famille qui lutte contre une terrible maladie, on se sent impliqué. Un autre point à souligner concerne la densité extraordinaire de ce 1er tome... On apprend beaucoup de choses, on retrouve des parallèles avec le Cheval Blême (autre album de l'auteur à l'Association) et le puzzle David B. se met à s'animer dans la tête du lecteur. A travers quelques anecdotes, quelques réflexions éparses, on met les pièces les unes avec les autres et on se rend compte de l'ampleur de l'œuvre de cet auteur. Mais le plus gros point fort de ce 1er tome est le ton adopté. Sans complaisance, en toute simplicité, David B. parvient à faire passer son émotion, parvient à poser les jalons de cette série qui s'annonce déjà comme un monument de la BD. Dès que j'ai eus terminé ce 1er tome, malgré l'heure avancée de la nuit, j'ai sauté sur le tome 2 que j'ai dévoré avec une faim de vérité et de sensibilité identique.
Capron nous propose ici un scénario aux bases classiques mais traité avec une originalité et une créativité menées de main de maître. Fable prophétique par moments, critique sociale à d’autres, cet album est une véritable perle d’humour gris et rose. Le rose c’est la couleur dominante que Killofer décline à l’infini sur tout ce qui touche de près ou de loin à la vie de cette incroyable ville dominée par le prophète Rosemou. Le dessin de Killofer est comme à son habitude clair, fin, précis et très personnel. L’ambiance de cette histoire n’en est que plus étonnante, à part, bref, très réussie. Le côté ludique et distrayant de la pâte à mâcher est ici détourné pour devenir un instrument du pouvoir, un moyen de contrôle sur le peuple. Les personnages sont impeccables et naviguent entre la satire à peine déguisée de certaines icônes de l’Histoire et la fiction personnelle. Le personnage principal est un personnage fort, dont les auteurs nous dévoilent les rapports au pouvoir, à la famille, à l’amitié, à l’enfermement aussi, puis à la vieillesse, sur la fin de l’album. Une fin très inspirée par ailleurs, qui évite le happy end artificiel et le mélodrame noir, une fin qui l’air de rien pose une question majeure qui ne peut que nous faire réfléchir... En refermant cet album, on est partagé entre le rire et le frisson et on s’aperçoit qu’on vient de lire de la très bonne BD. Capron et Killofer n’ont pas besoin de faire des effets de manche pour pondre un bon album : ils sont créatifs, inspirés et ils n’ont qu’à adopter un ton mesuré pour soutenir leur originalité.

 
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