Les 160 critiques de yvan sur Bd Paradisio...

Avec des œuvres comme "Rural !" et "Les mauvaises Gens", Etienne Davodeau avait déjà su montrer son affinité pour la BD-documentaire sociale et pour le militantisme. On comprend donc aisément que Kris ("Le monde de Lucie", "Déserteur"), petit-fils du militant communiste Guy Hennebaut, se soit tourné vers Davodeau pour mettre en image cet hommage au film de René Vautier sur les mouvements sociaux de Brest en avril 1950. Il ne reste pourtant plus rien du film de René Vautier sur les affrontements entre les ouvriers syndicalistes de Brest et les forces de l’ordre, ni de la bande son inspirée d’un poème de Paul Eluard et dont le titre orne la couverture de ce one-shot. Pourtant, un homme est mort pendant ces affrontements et c’est grâce à ce témoignage poignant de Kris et Davodeau, que la fin tragique du manifestant Edouard Mazé sera conservé dans nos mémoires. L’aptitude du dessin de Davodeau à faire ressortir les émotions de ses personnages de façon réaliste n’est plus à démontrer. Mis à part un petit manque d’uniformité au niveau des formats qui n’agacera que les maniaques du stockage, la qualité d'édition des albums de Futuropolis n’est quasi plus à démontrer non plus. En plus, grâce à un copieux dossier en fin de tome on en apprend plus sur l’origine de ce projet BD, tout en découvrant des documents et photographies d'époque. Un film est mort, mais le poème qui l’enveloppait résonne encore dans nos oreilles et la mort de Mazé n’est plus anonyme car cette œuvre de Kris et Davodeau l’a ressuscité !
Il était déjà très plaisant de découvrir ce quartier de Yopougon, à Abidjan dans le premier tome, mais y retourner fait encore plus plaisir. Ah qu’il est bon de retrouver tous ces frères et ces tontons, de retrouver une Afrique tellement différente de celle décrite dans d’autres récits comme "Deogratias" ou "Les enfants". Déjà couronnés par le Prix du meilleur premier album à Angoulême en 2006 pour le premier tome, Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, à l’inverse de Stassen, nous livrent donc un aperçu africain plein de charme et de vie. Ce récit pétillant nous livre une bouffée d’air pur venant tout droit de la Côte d’ivoire, au cœur d’un quartier populaire d’Abidjan, où tous les problèmes se résolvent de façon spontanée pour terminer dans la bonne humeur. Une ambiance communautaire joviale avec des personnages hauts en couleurs. Des couleurs et une ambiance africaine qui sont d’ailleurs admirablement retransmis par le dessin de Clément Oubrerie. Et à la fin de l’album, le bonus ivoirien permet au lecteur d’approfondir sa connaissance des expressions pittoresques et des coutumes locales, alors que des recettes de cuisine permettront même d’importer un peu de ce parfum, de cette joie de vivre et de cette fraîcheur africaine dans nos demeures en attendant la parution du troisième voyage au sein de l’insouciance et de la spontanéité africaine.
Avec ce polar bien sombre, Paringaux et Loustal signent une énième collaboration sur base d’un roman non-terminé de Paringaux. Le personnage principal est un tueur professionnel rongé par la maladie et sans aucun respect pour la vie d’autrui. Il a souvent vu la mort de près et voit maintenant arriver la sienne. C’est pour lui le déclic qui lui fait comprendre qu’il est l’heure de régler ses comptes avec un passé douloureux, afin de pouvoir partir en paix et … les armes à la main. Comme souvent dans les bons polars, c’est une voix-off qui va nous tenir en haleine et nous faire suivre le dernier sursaut de cet homme à la dérive qui a décidé de faire le ménage autour de lui à coup de règlements de compte. Le fait de mettre cette voix-off en bas des cases et d’également y insérer des dialogues, renforce encore un peu plus le décalage entre l’horreur des images et la force du texte. Niveau graphisme, Loustal nous livre un dessin au style particulier qui colle parfaitement à l’ambiance sordide. Les couleurs sont étonnantes, mais très réussies et font ressortir les quelques flash-back qui nous plongent dans le passé de ce tueur glacial. Les illustrations pleine page sont de véritables tableaux, avec la dernière page de ce one-shot comme apogée. Tout comme "Achevé d'imprimer", un bon one-shot cuvé 2006 pour les amateurs de polar, mais personnellement c’est "Welcome to Hope" qui reste mon polar favori de l’année.
Tout commence en 1959, avec l'assassinat d'une famille (presque) entière à Holcomb, au Kansas. Une histoire horrible, qui surgit au moment où Truman Capote cherche un sujet pour un nouveau roman. En décidant de raconter les événements à Holcomb, Truman Capote va inventer un nouveau genre littéraire, le roman de non-fiction. Mais, il va surtout produire un roman qui appartient au panthéon de la littérature : In cold blood (De sang froid). Un roman qu’il mettra 6 ans à produire et qui le marquera à jamais. Ce one-shot d’Ande Parks et Chris Samnee va se concentrer sur Truman Capote et sur l’enquête qu’il mena à Holcomb afin de produire son chef-d’œuvre. L’approche est assez psychologique et nous décrit les difficultés qu’a rencontré cet auteur homosexuel new-yorkais à se faire accepter par cette petite ville du Kansas, mais également les angoisses et les faiblesses de Truman pendant et après l’enquête. Les liens troublants qui le lient à Nancy Clutter pendant son séjour au Kansas, ainsi que sa relation marquante avec l’un des meurtriers de la famille Clutter, laisseront sur lui des traces indélébiles. La retranscription de cette enquête intimiste de Truman Capote au Kansas est renforcée par le dessin noir et blanc très maîtrisé de Chris Samnee et un découpage assez classique. Bref, la lecture de cet album donne envie de (re)lire le roman de Truman Capote et permettra certainement de donner une nouvelle dimension à la lecture du roman ! Les fanas du 7ème art peuvent également se jeter sur le film de 1967 ‘In Cold Blood’ de Richard Brooks adapté du roman et avec Robert Blake et Scott Wilson dans le rôle des meurtriers. Ils peuvent également aller voir le film biographique nominé pour 5 Oscars en 2006 ‘Capote’, qui (tout comme ce one-shot) parle des événements qui tournent autour de l’écriture du roman ‘In Cold Blood’ et pour lequel l’acteur principal jouant Truman Capote (Philip Seymour Hoffman) a reçu l’Oscar du meilleur acteur, ainsi qu’un Golden Globe.
Suite et fin de cette version franco-belge très réussie de la série "100 Bullets". Après un tome plus sanglant où les protagonistes, rongés par la tentation, avaient définitivement basculé vers le mal, on retrouve ici un tome riche en révélations qui vient brillamment clôturer ce polar machiavélique qui place ses lecteur dans une espèce d’ambiance de reality-TV où les candidats sont aspirés dans une course admirablement rythmée, avec un million de dollars à remporter à la clef. Les lecteurs qui s’attendaient à voir sortir enfin de l’ombre cette étrange Pamela Jenkins qui de façon anodine venait déranger nos personnages dans chaque tome, ainsi que le mystérieux commanditaire de ce jeu diabolique, seront comblés par la fin de cette tétralogie prenante. Ils retrouveront Pamela Jenkins dans un rôle assez inattendu et le commanditaire dans un rôle digne de Al Pacino dans l'avocat du diable. Bref, après avoir été enchaîné pendant quatre tomes à ce thriller qui devrait combler les fans de Tarantino, le jeu touche finalement à sa fin. La dernière case est un peu superflue, mais a le mérite d’ouvrir une porte qui pour l’instant est tout de même encore solidement close. Je ne sais pas ce que vous feriez pour un million de dollars, mais pour moins de 50 Euros vous pouvez sortir gagnants d’une série orchestrée de main de maître par messieurs Gihef et Callède.
Avec cette nouvelle série la collection Troisième Vague du Lombard nous livre 48 pages de polar bien noir, pourvu d’une excellente touche de fantastique. L’histoire démarre en compagnie de Lily Lafayette, femme flic, qui débarque au commissariat du District 77, munie d’un passé lourd et de rêves de justice, mais qui se retrouve bien vite malmenée au milieu de collègues ripoux et d’un milieu criminel en ébulision après la tentative d’assasinat sur Big Boss, le parrain de la ville. On s’attache d’ailleurs très vite à cette jeune femme qui vient se poser dans un véritable nid de vipères et qui balance entre un passé trop sombre et un présent trop grisâtre. Le scénario efficace de Jean-Philippe Dugand tient en haleine du début à la fin à l’aide d’un récit dynamique et d’une narration qui sonne juste. Le récit démarre comme une série policière télévisée classique, mais en y incorporant un brin de paranormal, Jean-Philippe Dugand parvient à reforcer le côté intriguant de son récit. La magie noire qui entoure le Big Boss fascine vite et, tout comme pour le passé de Lily, l’envie d’en apprendre plus monte crescendo. Côté graphisme, Denys a déjà su démontrer sa capacité à planter un univers sordide et oppressant chez Delcourt avec «Comptine d’Halloween» et «Dans la nuit » et récidive ici chez Lombard avec un graphisme qui vient contribuer à la noirceur du récit. District 77 est donc une excellente nouvelle pour les amateurs de polars, car ils ne seront certainement pas déçus par ce premier tome très prometteur.
Encore un pari réussi de la part de cette maison d’édition qui avec des albums du calibre de «Abdallahi», «Les petits ruisseaux», «La mémoire dans les poches», «La Marie en plastique», «Un homme est mort», et une excellente collection 32 mériterait amplement d’être désignée comme « Meilleur éditeur de l’année 2006 ». Dans ce roman graphique intimiste Ludovic Debeurme nous invite dans le quotidien de deux adolescents en pleine dérive psychologique. Lucille, étouffée par une mère trop protectrice, et Arthur, repoussé par un père alcoolique et violent, vont respectivement chercher ‘refuge’ dans l’anorexie et le satanisme. Grâce à leur rencontre, renaîtra cette flamme qui avait fui leurs vies depuis déjà trop longtemps. Au lieu de prendre la direction de la mort, leur fuite prendra maintenant celle de la vie et leur refuge sera celui de l’amour. Ludovic Debeurme parvient à aborder avec justesse des sujets difficiles tels que l’anorexie, le suicide et les relations parentales en évitant de tomber dans le piège du pathos. En refusant de prendre position et en installant le lecteur dans un rôle d’observateur, il laisse se dernier s’attacher aux personnages et se faire sa propre opinion. En s’autorisant plus de 500 pages, Ludovic Debeurme se donne la place et le temps nécessaire pour poser ses personnages et leur histoire en douceur. Une liberté d’expression que l’on retrouve également dans l’absence de cases et qui permet aux personnages de circuler et de s’exprimer sur l’entièreté des pages. Un dessin minimaliste et une économie de moyens qui permet d’aller à l’essentiel, tout en offrant une grande lisibilité et une lecture plus rapide que prévue. Un album poignant qui respire le «one-shot», mais dont on devra pourtant impatiemment attendre la suite.
Un an après et dans la lignée de "Safari Monseigneur", Florent Ruppert & Jérôme Mulot récidivent au sein de la collection Ciboulette aux éditions de l'Association, avec ce nouveau récit d'histoires courtes sans aucune retenue et au graphisme audacieux. Les histoires dans "Panier de Singe" tournent autour de deux portraitistes/reporters aux occupations bizarres, allant d’un reportage sur des ébats zoophiles à une partouze pour gens mutilés, en passant par l’agression de prostitués. L’humour est très noir et souvent à la limite du douteux, mais parvient d’une manière ou d’une autre à ne jamais tomber dans l’excès. La construction narrative est excellente, les scènes proposées malsaines ou absurdes, mais grâce à des dialogues indifférents à la monstruosité des scènes et à un graphisme sobre qui contraste avec la violence du sujet, les auteurs parviennent à créer un décalage délibéré et terriblement efficace entre le contenu et le contenant. Les nombreuses inventions graphiques donnent à cet album un caractère OuBaPien (l'OuBaPo, acronyme d'Ouvroir de Bande-dessinée Potentielle, a été fondé en novembre 1992 au sein de l'Ou-X-Po et à travers la maison d'édition L'Association). Au milieu d’un découpage original et de planches incorporant par exemple le langage des signes dans les bulles on retrouve effectivement diverses stéréoscopies et autres phénakistiscopes dont on peut également retrouver les versions dynamiques sur http://www.succursale.org. Bref, une bande dessinée qui est tout de même assez difficile d’accès à la base mais qui livre finalement une banalisation assez burlesque du macabre et qui, grâce à la narration décalée et au détachement créé par un graphisme audacieux, parvient à rester aux frontières du mauvais goût. Un ouvrage dont la richesse impose une deuxième lecture.
Il était où Dieu quand Futuropolis a décidé de lancer cette collection 32 dans un format souple, au rythme de parution dynamique et au prix attractif ? Et bien, au lieu d’être chez les libraires afin de disposer cette belle collection de façon bien visible sur de beaux présentoirs et de chuchoter dans l’oreille de clients mangeurs de cartons qu’ils devraient se laisser tenter par le non-cartonné, cet alcoolique obsédé de sexe se trouvait dans une cannette de Coca-Cola ! Du coup, c’est à titre posthume que je dois aviser ce tome d’une superbe collection, décédée prématurément et enterrée le 27 octobre 2006. C’est donc en version cartonnée et un putain de Pepsi à la main, que je continuerai les séries de cette défunte collection. Initialement prévue en 9 tomes souples, cette série démarre très fort avec un gros plan sur une statue de la liberté obèse et armée. Et ce n’est qu’un début car cette histoire complètement déjantée va massacrer tour à tour les Américains nourris au Coca-Cola, le catholicisme, les injustices sociales et le capitalisme en général. Cette version moderne et cinglante d’Aladin va remplacer la lampe magique par une cannette de Coca-Cola et Aladin par Dieu en personne, sous l’apparence d’un Elvis Presley obèse, alcoolique et obsédé de sexe : divin ! Bref, un premier tome jubilatoire que certains ne liront jamais dans ce format souple bien agréable ... et comme la plupart des séries de cette Collection 32, celle-ci devrait également faire un putain de carton !!!
Dans la lignée de "Quartier Lointain" et "Le journal de mon père", Jirô Taniguchi nous livre ici un nouveau chef-d’œuvre. Cet auteur qui manie les thèmes de l’amour et de la famille comme nul autre, avait déjà réussi à m’émouvoir avec une histoire de transfert de personnalité dans "Quartier Lointain", et il récidive ici avec la même recette et la même délicatesse. Tout comme dans "Quartier Lointain", il part d’un élément fantastique, mais au lieu d’un transfert de personnalité dans son propre corps, mais plus jeune, le personnage principal va ici se retrouver dans un corps étranger. Kazuhiro Kubota va ainsi se retrouver dans le corps de Takuya Onodera après un accident de trafic mortel avec ce dernier, et en profitera pour remettre de l’ordre dans ses sentiments. Une nouvelle fois, Jirô Taniguchi va réussir à se concentrer sur ces petites choses qui donnent de la valeur à la vie, pour ensuite les agrandir jusqu’à ce qu’elles finissent par nous émouvoir. Pendant que Kazuhiro Kubota et Takuya Onodera se découvrent l’un l’autre, grâce à Taniguchi, on découvre un peu de soi-même. Taniguchi va donc de nouveau parvenir à entrer en nous afin d’en ressortir des sentiments et des valeurs enfuis par notre quotidien. Un petit moment d’introspection dont ce sacré Jirô Taniguchi détient le secret. Chapeau bas monsieur Taniguchi ... et merci !
L’auteur coréen Kim Dong-hwa ("La Bicyclette rouge", chez Paquet), nous livre ici un shunjun (l’équivalent coréen du shojo) plein de sensibilité, qui mérite amplement sa place dans cette belle Collection Ecritures de chez Casterman. Le personnage central est la petite Ihwa, que l’on va découvrir à l’âge de sept ans et dont on va suivre l’évolution au fil du récit. L’histoire se déroule dans un petit village rural coréen et en particulier autour de la petite taverne tenue par la mère d’Ihwa. Les personnages sont attachants avec la mère d’Ihwa devenue veuve trop tôt et devant faire face aux conversations et ragots des clients de son établissement. Mais également avec la petite Ihwa qui va grandir au fil des pages, tout en découvrant des sentiments nouveaux. Mais, la grande force de ce manhwa se situe dans la manière dont Kim Dong-hwa va exprimer la relation entre les différents personnages, que ce soit la complicité émouvante entre Ihwa et sa mère, la relation assez libre de cette dernière avec un écrivain public de passage ou les sentiments d’Ihwa pour ce petit moine attachant. En utilisant les formes, les couleurs, les odeurs et la symbolique de la nature (les arbres, les scarabées et surtout les fleurs), Kim Dong-hwa va parvenir à exprimer des sentiments amoureux intimes avec une délicatesse extrême. En utilisant métaphores et fleurs, ce poète coréen va libérer un parfum de sentiments avec subtilité et grâce. Le dessin gracieux contribue également beaucoup au côté poétique de cet album, avec de superbes paysages (parfois sur deux pages) et énormément de gros plans de fleurs. D’un autre côté les enfants apportent avec leurs bouilles plus rondes une touche d’espièglerie au milieu de cette poésie. Les différentes phases de découvertes sexuelles de la petite Ihwa et du jeune moine livrent un peu de légèreté et d’humour au récit, alors que les adultes, et en particulier le vieux moine, compensent avec une bonne dose de sagesse. Bref, une complicité émouvante entre une mère et sa fille, deux femmes qui au fil des printemps laissent libre cours à leurs sentiments amoureux. Le tout décrit avec poésie, subtilité et délicatesse.
Small Gods est un polar classique qui repose sur une touche de fantastique originale. Cet excellent album nous plonge dans un monde où les humains dotés de pouvoirs paranormaux doivent se faire registrer, où les visions de futurs crimes ont un pouvoir juridique, tout en condamnant fortement toute intrusion dans la vie privée d’autrui. Les auteurs nous confrontent à des personnages pourvus d’un don spécial, mais qui sont comme vous et moi pour le reste. Un univers où environs une personne sur cent est un dieu, mais de petits dieux qui doivent quotidiennement faire face à leurs pouvoirs en tant que citoyens ‘normaux’. Bref, les auteurs nous livrent un comics où certains personnages ont des pouvoirs paranormaux, mais qui sont loin d’être des super-héros. Le début de l’histoire a souvent recours à une voix-off afin de nous situer l’évolution des dons paranormaux et le passé juridique qui en limite l’usage. Une fois ce stade passé, on tombe dans un polar passionnant à la narration prenante et qui va également mettre en verve les problèmes de conscience auxquels sont confrontés les différents personnages. Au premier coup d’œil j’avais eu un pu peur que le dessin soit trop sombre et rende la lecture difficile, mais une fois dans l’album, j’ai découvert un dessin qui place la bonne ambiance et qui contribue à l’excellente lisibilité de l’album. Bref, ce mélange de réalisme et de fantastique, pourvu d’un excellent graphisme, fait mouche et fait partie de mes coups de cœur de 2006.
Ce one-shot impeccable part d’un scénario plutôt simple, mais très cohérent et à la construction parfaite. L’album, dont la tension monte crescendo, est divisé en trois parties. La première partie est consacrée à ce père de famille exemplaire qu’est Tom McKenna et qui semble se faire rattraper par un passé qui l’est moins. La deuxième partie va lentement nous plonger dans ce passé obscure et mettre à jour une vengeance vieille de vingt ans. Mais c’est dans la dernière partie que John Wagner ("Batman et Judge Dredd") va faire éclater cette violence qui sommeille depuis trop longtemps et qui va plonger le lecteur dans l’horreur. Le trait hachuré de Vince Locke ("Sandman"), dont je ne suis pas fan à la base, accentue encore la noirceur du récit et l’atmosphère malsaine qui pèse sur cette histoire où la violence et la vengeance font office de fil conducteur, transformant un père modèle en un tueur sans merci. Sachant que ce one-shot date de 1997, la dernière case de la page 229 fait froid dans le dos quand on s’y attarde un peu, tant au niveau du graphisme qu’au niveau du texte. Bref, un petit chef-d’œuvre noir dont je vais m’empresser d’aller voir l’adaptation cinématographique de David Cronenberg, avec Viggo Mortensen et Ed Harris, qui est sortie quasi en même temps que cette édition de Delcourt.
En fait, le plus facile serait de juste mettre la note maximale, sans mettre de commentaires, tellement il est difficile de trouver les mots justes pour décrire les sentiments que libère ce petit chef oeuvre. Mais ce n’est pas le but de ce site, et si Olivier Ka a réussi à trouver les mots justes pour exprimer ses sentiments dans ce récit 100% autobiographique, la moindre des choses, c’est d’essayer de le faire également. Le récit débute à l’âge de 7 ans : l’ambiance est baba-cool, le ton est joyeux, Pierre est notre ami et Olivier baigne dans ce qu’il interprète comme le meilleur des mondes. On va dès lors suivre les pensées de cet enfant et vivre avec lui ce traumatisme qui vient cueillir son innocence dans un monde qui va lentement se noircir dans le regard d’Olivier. Cette trahison de la part d’un ami sera d’abord enfuie, pour ensuite être exorcisée au-delà de ce qui devait être la fin d’un récit honnête et plein de pudeur, mais qui s’avèrera finalement être l’arme d’un crime salvateur : Pierre est mort ! Le sujet est sensible, le traumatisme est celui d’un enfant de douze ans qui est victime d’abus sexuel lors d’une colonie de vacances, le récit est une forme de psychothérapie, et si le crime est fictif, le lecteur est complice consentant de ce meurtre. La narration à la première personne est prenante. La pureté d’un enfant a été marquée au fer rouge par un acte de pédophilie, et même si le rouge n’était pas vif, la marque est bien présente dans l’esprit de l’adulte qu’il est devenu. La narration sort des tripes de l’auteur et règles les comptes avec un passé difficile à effacer, avec une éducation partagée entre des valeurs libertines et religieuses et avec un curé à l’esprit ouvert qui incarnait parfaitement ces valeurs inculquées. Le graphisme est celui d’un ami intime et talentueux du narrateur et cela se ressent. Une complicité et une harmonie entre le dessin et le scénario des plus abouties. De nombreuses trouvailles graphiques qui contribuent à exprimer les sentiments enfuis d’Olivier de façon adéquate et sensible. Un petit chef d’œuvre où les deux auteurs ne font plus qu’un, le temps d’un album magistral. On sait maintenant pourquoi et comment Pierre devait mourir, peut-être même que Pierre mourra plus d’une fois ou que plusieurs Pierres mourront. Quoi qu’il en soit, je n’ai qu’un seul conseil : achetez l’arme du crime et tuer Pierre !
«Satisfait ou remboursé», «coup de cœur», «indispensable» ... il y a des libraires passionnés par le neuvième art qui ont le courage de tenter de diriger les achats de leurs clients vers certains albums et cela malgré des goûts et des couleurs qui varient souvent énormément d’un lecteur à un autre. Pour ma part, le libraire peut garder mon pognon car cet album « coup de cœur » est bel et bien déjà un indispensable parmi mes achats de 2006. Déjà, il y a cette couverture bien sombre, qui attire immédiatement l’attention quand on balaye du regard les (trop) nombreuses nouveautés étalées dans les librairies. Une couverture bien sombre tout comme le contenu de ce polar judicieusement noir. Une narration qui vous cueille dès la première page, vous prend aux tripes et ne vous lâche plus avant la fin. Une voix off qui, tout comme dans d’autres chef-d’oeuvres du genre, tels que «Sin City» ou «Berceuse assassine», vous emmène au cœur du résonnement des personnages. Une narration qui va nous permettre de suivre la descente aux enfers des deux protagonistes de cette trilogie : Scott, le joueur de poker et Cody, le garagiste. Une histoire pourtant assez simple, basée sur deux histoires parallèles, où l’on va accompagner tour à tour ces deux individus, en passant habilement d’une histoire à l’autre. Un rythme excellent, un suspens que l’on devine encore plus grand sur la page suivante et qui nous emmène crescendo vers la dernière page. Comme décor, un petit bled perdu au fond du Kansas répondant au nom de «Hope», car la plupart des habitants y vivent dans l’espoir de pouvoir un jour quitter ce patelin paumé. Une seule route où personne ne passe, motels crasseux, petits bars mal éclairés et enfumés, une ambiance du fin fond des States, décor propice au développant de ce thriller sombre qui emmène lentement ses lecteurs vers l’abomination et l’horreur qui se cache derrière ce décor typiquement américain. Le graphisme précis et très clair pourrait être un peu plus sombre afin de contribuer un petit peu plus visuellement à l’ambiance glauque et malsaine installée principalement par la narration et l’histoire. Mais, même si le dessin n’installe pas cette ambiance glauque dans chaque case comme il le fait brillamment sur la couverture, il la suit très bien et contribue à la lisibilité excellente de cet album. Bref, le meilleur début de triptyque depuis «Berceuse assassine» dans le genre polar noir !
Après nous avoir plongé dans l’ambiance insalubre et glauque d’après-guerre et nous avoir habitué aux transitions entre les deux périodes abordées par ce récit, Luc Brunchwig continue de suivre le personnage central, Gordon Etchevaria, dans ce deuxième épisode. Un peu selon le même principe que dans «Déogratias» de Stassen, on va suivre la vie du personnage central avant et après les événements à l’aide de flash-backs. C’est un procédé assez fort qui permet au lecteur de faire travailler son imagination en essayant de remplir le vide créé par l’auteur entre les deux périodes décrites. Dans ce deuxième tome Luc Brunschwig va donc nous en apprendre encore un peu plus sur cette période d’avant-guerre qui se profile comme une fiction avec une menace extra-terrestre, ainsi que sur la période d’après-guerre qui, elle, fait plus penser à un thriller noir autour du même personnage central qui se retrouve enquêteur. Et si Brunschwig va intelligemment garder une zone d’ombre sur le moment où les vaisseaux extra-terrestres approchent de la terre, il va quand même nous apprendre les causes du décès de Julietta Rothman et ainsi ouvrir une nouvelle piste qui pourrait remettre en cause pas mal de choses au niveau du scénario. Au niveau du dessin et de colorisation, en début de lecture il faut de nouveau un peu s’habituer à ce niveau de lisibilité parfois réduit (qui est ici également une qualité), qui colle parfaitement au scénario et nous oblige à scruter les images d’après-guerre au milieu de la crasse et de la poussière. Je pense par exemple à cette scène de viol où l’on devine la violence et la scène grâce à l’atmosphère pesante que dégage le graphisme de Martin. Bref, au niveau qualitatif ce tome égale le précédent et surpasse largement la qualité du slogan ("parce que c'est vous") sur le sticker noir que l’éditeur a collé sur l’album et qui à tout de même le mérite de faire ressortir le prix fort démocratique de cet album. Il faut avouer que 4,90 Euros ce n’est vraiment pas cher en période d’après-guerre. Peut-être qu’un autocollant avec le texte suivant «pour cause de déménagement du dessinateur le tome suivant ne paraîtra qu’en Mai 2007» aurait été plus approprié, mais sans doute moins commercial. Espérons seulement que ce retard ne soit pas récurrent, car cela pourrais enlever de la crédibilité à une Collection 32 qui mérite surtout les éloges, mais qui donne ici en pâture un argument de luxe à ces détracteurs.
Fin en douceur de cette chronique rurale qui se lit en toute quiétude comme un long fleuve tranquille ! OK, c’était pour rire, je recommence : fin époustouflante et surprenante de cette grosse claque SF qui vous explose à la tronche dès le premier tome et vous tient en haleine pendant 6 tomes ! Ah, voilà qui est mieux comme intro, non ? En parlant d’intro, comme tous les autres tomes, celui-ci commence avec un flash-back sur l’un des membres de l’escadrille Purgatory. Et seule logique respectée dans ce tome, c’est donc à Ed Kalish, le pilier de cette série, qu’est réservée l’introduction de ce dernier tome. Une introduction qui commence d’ailleurs déjà très fort et qui est suivie d’une partie plutôt rétrospective sur les moments forts de la série, mais tout en délivrant certaines informations complémentaires qui bétonnent encore un peu plus ce scénario on ne peut plus solide et qui sont nécessaires afin de boucler la boucle et l’espace-temps (rien que ça). Et puis vient la claque finale et la dernière surprise de taille de cette série au graphisme splendide et à la narration exceptionnelle. Et en dessert un petit bonus contenant un tableau synoptique et d’autres compléments d’information sur la série. Une des meilleures séries de SF se termine, si pas la meilleure !
Voilà un excellent premier tome d’une série adaptée du roman de Gaston Leroux. C’est Pascal Bertho qui retravaille le scénario de cette histoire de Cheri-Bibi, diffusée dans les années 70 sous forme de feuilleton télévisé. L’histoire d’un honnête boucher de Dieppe qui se retrouve bagnard avec le matricule 3216 et qui se voit vite coller l’étiquette d’ennemi public numéro un. L’histoire d’un innocent révolté, une force de la nature que tout le monde craint et dont rien que le nom fait trembler : Cheri-Bibi. Le lecteur découvre en parallèle l’histoire de ce bagnard transporté sous haute escorte à bord d’un bateau-prison, et le passé chargé d’aventures de Cheri-Bibi à l’aide de flash-back bien dosés. Les dessins et la colorisation de Marc-Antoine Boidin sont magnifiques. Bref, sans tomber dans le piège des raccourcis faciles Pascal Bertho parvient à adapter avec brio ce roman en bande dessinée, en nous servant une histoire haletante, tout en gardant suffisamment d’éléments sous la main pour rendre l’attente du deuxième tome pénible pour un lecteur conquis dès les premières planches. Fatalitas !
Déjà la couverture assez rude et aux tons sépia comme le reste du graphisme est splendide et pousse à la lecture de ce premier des cinq tomes prévus par les auteurs de "Live war heroes". Passé le cap de la couverture, les premières pages nous installent déjà confortablement dans ce nouvel univers médiéval fantastique à l’aide de la retranscription d’un chant traditionnel d’Anoroer et d’une carte du Royaume des Fils de la Terre. Un univers où Géants, Dragons, Sirènes, Anges et Fées ne sont plus que mythes et où les Fils de la Terre sont maîtres du Royaume. C’est dans cet univers qu’apparaît le héros Kiriel, maître d’arme du Roi et prêt à épouser la fille de ce dernier. Ils se marieront, mais ne vivront pas vraiment heureux et n’auront pas beaucoup d’enfants, car Kiriel, aux intentions plus nobles que sont sang, va se retrouver dans un merdier pas possible. Des Drekkars qui foutent le bordel, des Dragons qui sortent de leur mythe, lutte de pouvoir au sein du Royaume et trahisons familiales vont rythmer ce premier tome qui ne se limite pas à une brillante mise en place. A la limite, cette touche finale de fantasy n’est pas vraiment nécessaire car l’histoire médiévale de base se suffit à elle-même. On sent pourtant que le fantasy va venir jouer un rôle plus important dans les tomes suivants, espérons juste qu’on évitera les dérapages classiques du genre (et de l’éditeur). Le graphisme et sa colorisation sépia est pour le moins surprenant de la part d’un éditeur qui a plutôt l’habitude d’employer des techniques numériques et des couleurs plus vives (criardes) dans ses mondes de fantasy. Le dessin travaillé main et très clair d’Eric Bourgier est donc une très agréable surprise. Un dessin qui connaît encore quelques imperfections minimes en début de tome, mais pas de quoi gâcher notre plaisir visuel. Une ambiance proche du noir et blanc qui sied à merveille à cet univers médiéval classique. Au final on se retrouve avec un album copieux (une soixantaine de pages) installant de façon compréhensible cet univers médiéval et ses personnages et développant en arrière-plan un mystère flirtant avec le fantastique, avec d’étranges personnages masqués aux intentions intrigantes et d’énigmatiques guerriers qui s’entraînent en plein désert. Une série à suivre de près et avec grand intérêt.
Ce tome est déjà la septième collaboration entre Hermann père et fils et ils s’attaquent ici à l’histoire de Vlad l’Empaleur, alias Dracula. Il s’agit ici de la vraie histoire de Vlad Dracul, le voïvode de Valachie, seigneur de Transylvanie, célèbre pour sa cruauté légendaire, et non pas du vampire originaire du chef d’œuvre de 1897 du romancier irlandais Bram Stoker. Basé sur des informations historiques et un travail de recherche manifeste en Roumanie, Yves H. retrace l’histoire de ce personnage mythique et célèbre pour avoir fait (selon la légende) empaler jusqu’à vingt mille personnes en quelques jours. Deux autres tomes suivront celui-ci afin de cerner le mythe de Dracula: un sur le destin de Bram Stoker, à l’origine de la célébrité de Dracula (dessiné par Séra) et un sur la Transylvanie, où naquit la légende de Dracula (dessiné par Dany). L’histoire commence en 1430, date présumée de la naissance de Vlad Basarab, prince de Valachie sans trône ni couronne, et retracera la vie chaotique de Dracula, sa soif de pouvoir, ses rencontres avec des personnages historiques hauts en couleurs et surtout sa relation haineuse avec son frère Radu. Le tout cadré dans une période violente et instable, dans un contexte de trahisons et alliances fragiles, sur une terre ensanglantée où s’affrontent chrétien et musulmans. Le travail de recherche se retrouve également dans les décors et costumes, même si certains aspects ont été romancés à cause d’un manque de documentation (comme expliqué dans le cahier final qui clôture ce tome). Le dessin de Hermann en couleurs directes se prête à merveille à ce récit historique riche en batailles et en chevauchés. A part pour la couverture plutôt laide, je trouve ce dessin (qui nous livre également quelques planches cruelles avec des scènes d’empalement) splendide. Mais, cet album de plus de 60 planches est aussi un documentaire où les différentes dates s’accumulent à grande vitesse en ne s’emboîtant souvent que partiellement à cause de nombreuses ellipses scénaristiques ou de zones d’ombre dans l’histoire turbulente et chaotique de Dracula. C’est certes un portrait historique précis, mais qui se lit plus comme un livre d’histoire en voix off, que comme une bande dessinée palpitante.
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