 |
| Edition : | Association (L') |
| Collection : | Ciboulette |
| Pages : | 256 pages en noir & blanc |
|
 |
 |
| Parution : | mai 01 |
| ISBN : | 2844140491 |
|
Auteurs :
Dylan Horrocks
Voir critiques (2) . Ajouter critique
Publié chez Black Eye en 1998, Hicksville a fait l'effet d'une bombe dans le petit monde des comics anglo-saxons (Book of the year du Comics Journal en 98). Un auteur néo-zélandais y donnait des leçons aux plus grands en signant un livre événement, une parabole onirique sur la bande dessinée. Car avant d'être un trou perdu imaginaire au fin fond de la Nouvelle-Zélande, Hicksville est la matérialisation de la passion de Dylan Horrocks pour la bande dessinée, son Abbaye de Thélème, son Lilliput où s'ordonne une fresque improbable. C'est à pied et par la route qu'on aborde Hicksville, quelques siècles après le capitaine Cook, sur les traces de Leonard Batts, un journaliste critique pour le Comics World magazine qui vient de finir un livre sur Jack Kirby. Son prochain sujet concerne Dick Burger, un enfant du pays qui perce aux USA dans le business super héros. S'attendant à être accueilli en fanfare par une population de péquenots fière de faire l'objet de ses attentions, il va vite déchanter en se les mettant à dos. Car les habitants d'Hicksville, du facteur à la bibliothécaire, sont des purs et durs, abonnés aux plus obscurs fanzines d'Helsinki et de Mongolie, et voient d'un mauvais oeil le succès commercial de Dick Burger, qui semble avoir vendu son âme pour réussir. Ils se sentent plus proches de Sam Zabel, le double de l'auteur, qui publie dans son coin des comics d'humour ou d'autobiographie. Invité aux USA par son copain d'enfance Dick Burger, il en tirera d'ailleurs un récit en bande dessinée, publié dans ce livre. Car Hicksville n'est pas seulement un livre, mais un recueil de comics qui s'entrecroisent et se renvoient la balle. Dylan Horrocks a réussi à faire coexister, dans une oeuvre qui se tient, une multitude de points de vue qui sont autant de courts récits sous forme de bande dessinée. De l'angoisse de la création à la cartographie, de la découverte de la Nouvelle-Zélande aux légendes maories, il nous livre ses cosmogonies de l'univers et de la bande dessinée. Rarement autant d'histoires n'avaient pu être réunies d'une manière aussi cohérente et magistrale. Si Scott Mac Cloud a fait l'unanimité avec son traité sur la bande dessinée, Dylan Horrocks lui a dédié l'une des plus poignantes déclaration d'amour, très au-delà des digressions nostalgiques de Seth, un chef d'oeuvre, un Jeu des Perles de verre d'ores et déjà inscrit en lettres d'or dans l'histoire du Neuvième Art.
____________ Je viens de lire ... ____________
« Hicksville », par Dylan Horrocks. A L'Association.
Si cet album n'obtient pas l'Alph'Art de l'album étranger à Angoulême l'an prochain, on aura raté une grande occasion de saluer un chef-d'oeuvre. Hicksville est une histoire hallucinante et brillante qui vous entraîne durant plus de 250 pages sur les terrains minés de la création. Une histoire parcourue d'histoires parallèles, de faux comics, de références et d'hommages à tout ce que la BD a connu de grands noms... d'Edgar P. Jacobs à Jack Kirby en passant par Winsor Mc Cay et Sergio Aragones. Horrocks a conçu un album à tiroirs, une toile géante dans laquelle se trouve emprisonné tout le neuvième art. Son idée de départ est géniale. Il invente une ville -Hicksville- qu'il situe au nord de la Nouvelle Zélande et dont il fait la capitale méconnue et improbable de la BD mondiale. Chaque habitant d'Hicksville possède une connaissance encyclopédique des comics depuis leur création, chaque bibliothèque regorge de trésors pour lesquels se damneraient les collectionneurs du monde entier. Et dans ce lieu étrange d'où serait originaire le nouveau prodige américain du comics, un certain Dick Burger, l'auteur lance un journaliste biographe lui-même passionné de BD. Léonard Batts -c'est le nom de ce journaliste- s'est mis en tête d'écrire un livre sur Dick Burger et débarque à Hicksville pour en savoir plus. Mais la ville toute entière se referme comme une huître. Hicksville déteste le fameux Dick Burger que les Etats-Unis s'arrachent. Pourquoi ? C'est ce mystère stupéfiant parce que totalement inattendu que Dylan Horrocks arrive à maintenir pendant plus de deux cents pages (l'explication démarre une trentaine de pages avant la fin), rendant le suspense à la limite du supportable.
Hicksville est à la fois un incroyable thriller, une fable sur la création et une réflexion sur le patrimoine mondial de la BD que des mises en abîme plus tordues les unes que les autres viennent appuyer. C'est vrai, les débuts sont un peu compliqués à suivre. Il faut tenter de s'y retrouver dans la multitude de télescopages que provoque l'auteur. Mais une fois identifiés les personnages et leurs desseins, on est pris par un récit passionnant et démoniaque. La construction est d'une inventivité étonnante. Hicksville est sans doute l'ode absolu rendu à la bande dessinée. Mais il est plus que ça. C'est un livre sur les traditions, le sacré, la parole, le pardon, même. On manque de mots lorsqu'on le referme. D'autant que le trait parfois économe de Dylan Horrocks peut tout faire, tout rendre, à travers un noir et blanc et une mise en page parfaitement maîtrisés. Du tout grand art !
Je viens de lire, de Thierry Bellefroid.
Sites reliés
|