Chacun a un rêve secret, bien niché quelque part dans sa tête ou son coeur. S'il-te-plaît, dessine-moi un mouton, demanda un jour le Petit prince à Saint-Exupéry.
S'il te plait, écris-moi un western, demanda bien plus tard Enrico Marini à Stephen Desberg.
Les impulsions, les envies, c'est ça. Quelque chose d'irrésistible qui vous traîne par l'oreille vers un rêve venu souvent du fin fond de l'enfance.
On ne joue pas avec les rêves d'enfants. Desberg écrivit donc un western pour Marini. Pas un western de légende peuplé de héros à l'étoile brillante, armés de colts nickels, chevauchant des montures immaculées. Non ! Dans le western de Desberg, Mattew Montgomery, haut-fonctionnaire de Washinton, découvre sa femme et sa fille massacrées. Le seul indice laissé par leur(s) tortionnaire(s) semble indiquer la direction de l'Arizona. Cet Arizona vers lequel rampent les rails d'argent qu'une bonne part des fauchés, des paumés, des loosers du nouveau continent s'échinent le dos et le reste à construire. Sur ces chantiers du diable règne une faune prête à tout. Et cette faune obéit à un seul homme, un être étrange aux longs cheveux blancs. Ses armes sont la poudre, mais aussi l'alcool, le sexe. Il dispose du droit de vie et de mort sur ce petit bout d'enfer qui progresse à travers le désert. Lui seul semble être en mesure de révéler à Montgomery la vérité sur la mort des deux femmes, là-bas, chez les civilisés. Enfin chez ceux qui se disent civilisés..
Marini réalisa cette histoire forte et noire sur la construction de la voie ferrée de Santa Fé en dessins forts et noirs. Les deux volumes furent publiés en 1996. Le premier obtint le "Betty Boop" du meilleur graphisme au festival d'Hyères de la même année.
Aujourd'hui paraît l'intégrale de L'Etoile du désert, enrichie d'esquisses et de dessins inédits de Marini. Une oeuvre crépusculaire qui n'a pas fini de briller au firmament de la bande dessinée.