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Passage afghan
Edition :Boîte à Bulles (La)
Pages :48 pages en noir & blanc
Parution :septembre 04
Prix :13.50 euros
ISBN :2849530158

Auteurs : Ted RallScénaristeDessinateur

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Focalisés sur l'Irak, on ne parle plus guère de l'Afghanistan. Pourtant il reste beaucoup à dire.. Sur les raisons profondes - et économiques - qui ont motivé les troupes américaines à attaquer leurs ex-alliés Taliban ; sur la façon dont les troupes ont mené leurs attaques ; sur la différence toute relative qui sépare Talibans honnis et Seigneurs de la guerre alliés des occidentaux. Ted Rall, grand spécialiste de la région a voulu se rendre compte par lui-même de la situation. Pour le magazine Village Voice, il est parti en reportage et nous livre son expérience. Pas seulement ce qui est télégénique mais sa vision des combats, ses conditions de travail ainsi que celles de ses confrères des grands réseaux, ses rencontres avec la population afghane, ses stupeurs et sa fuite devant l'insécurité générale.

Initialement publié aux Etats Unis, Passage Afghan (intitulé alors To Afghanistan and back) a touché à la fois le public et la presse. Mêlant reportage de guerre et récit intimiste, le livre regroupe à la fois les dessins d'humours, photos et chroniques parues dans le magazine américain Village Voice ainsi qu'une BD de 48 pages où l'auteur détaille au jour le jour son périple en zone de combats. Après Gorazde et Palestine de Joe Sacco, Rural d'Etienne Davodeau.. un nouveau reportage en BD aussi instructif que saisissant.

____________ Je viens de lire ... ____________

« Passage afghan », de Ted Rall. La Boîte à bulles.

Il faut toujours se méfier des partis pris. Le lecteur lambda, face au « Passage afghan », pourrait se sentir rebuté par l'esthétique « comic strip » de l'ouvrage. Ne nous méprenons pas. Ted Rall EST un auteur de strips, un des meilleurs qui soit, un observateur politique dont la plume caustique ne supporte aucune compromission. Nous parlons d'un auteur deux fois récompensé du Robert Kennedy Journalism Award, d'un polémiste pressenti pour le Pulitzer en 1996. Mais surtout d'un homme qui refuse la langue de bois et la parole formatée, d'un journaliste qui préfère risquer sa vie en zone de conflit plutôt que de resservir la bouillie prédigérée d'une presse aux ordres.
Il y a deux façons d'aborder le « Passage », deux ouvertures à l'ouvrages. Le témoignage écrit d'un homme parti au devant de ses illusions. Ou l'approche graphique d'un dessinateur poussé au summum du cynisme par ce qu'il a pu voir et entendre. La réalité d'un Afghanistan bombardé aveuglément par les Américains, d'un pays livré à lui même par ceux-là mêmes qui prétendent l'aider. Un Afghanistan dévasté par l'orgueil US, qui voit l'auteur croiser une presse internationale bouffie de dollars coachée par des Afghans mués en profiteurs du système.
Un pays ravagé où même la guerre n'est plus qu'une forme de quotidien, un drôle de conflit dont les héros ne sont que des Talibans reconvertis, résistants de la dernière heure. Le retour de Ted Rall aux Etats-Unis est celui d'un homme écoeuré par l'incohérence de cette guerre et par le mensonge américain, définitivement ancré dans ses convictions anti-Bush. L'homme parle, il écrit et dessine, il n'épargne rien ni personne. Le lecteur pense au film « Apocalypse Now », l'auteur le cite. « Le passage » se lit d'un coup, comme on prend une bonne claque. De celles qui vous font du bien, qui vous font revenir à la réalité après de longs mois d'un sommeil entretenu par une propagande bien réglée. Un indispensable, à ranger tout près du « Photographe » de Guibert et Lefebvre. Et jamais très loin de l'intégrale de Spiegelman.

Je viens de lire, de Philippe Belhache.
 

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