Les 4 critiques de Danyel sur Bd Paradisio...

Je n'ai pas été déçu par "Sicaire de la Sainte Coke" la suite de "Cuervos" . Le scénario de Marazano ne fait toujours aucune concession à la morale ou aux canons de la BD politiquement correcte. Il ne cherche pas à délivrer un message. Il n'y a toujours rien à récupérer chez aucun des personnages montrés dans cette histoire. L'engrenage effrayant de la violence, ces enfants qui vivent dans des taudis au milieu de tas d'ordures et de ruines qui se débattent pour survivre, l'arme au poing et la seringue dans un bras, tout sonne vrai, hélas. Joàn, le "héros" a grandi. Entré dans la carrière criminelle sans se poser de questions métaphysiques, il poursuit son ascension au sein du cartel presque malgré lui, se chargeant des basses œuvres et gagnant en "responsabilités". Ce personnage qui paraît terriblement crédible est un gouffre noire qui cadenasse ses émotions. Il est pourtant capable d'amour et de foi. Sans doute reste-t-il une lueur d'espoir pour lui, au milieu de ce champ de désolation, mais rien n'est sûr. Petit bémol, les ellipses dans la narration ne sont pas toujours claires. Qui est la prostituée que tue Joàn ? La tue-t-il réellement ? Le dessin de Durand est réjouissant. Ses cadrages sont novateurs, les personnages ne tiennent pas en place, ils semblent bouger plus vite que la "caméra" et avec un naturel hors du commun. Pas de pauses empruntées chez eux, une grande fluidité des mouvements, des couleurs froides comme la mort. La mise en scène bousculée ressemble à du Dogma, les plans à des images volées. Les personnages sortent du cadre sans prévenir, y reviennent brusquement tandis que la caméra renverse son axe comme si elle était dissimulée dans le sac d'un invisible espion introduit au cœur du système. "Cuervos" taraude nos convictions morales et nos certitudes esthétiques. Sûrement la BD la plus noire et la plus poignante du moment. A lire et à méditer.
Je suis un peu resté sur ma faim avec "Le photographe". Si le témoignage est intéressant, j'attends la suite pour voir comment les choses évoluent. Pour l'instant, nous n'en sommes qu'aux prémices, aux portraits des principaux protagonistes. Quelques passages émouvants, mais c'est bien le moins pour ce genre d'album témoignage. Je suis assez sceptique sur la forme. Le dessin de Guibert a du mal à trouver sa place me semble-t-il. L'abondance de photos en petit format nuit à la lisibilité de l'ensemble. Ces photos ne sont pas toujours très faciles à décrypter du fait de leur taille réduite. Quant au dessin, plus épuré que jamais, il semble un peu creux par contraste. Pourtant la cohérence assumée du trait, comme des couleurs semble tenir de la magie, c'est là un grand talent de Guibert. Mais il lui est impossible de rivaliser avec la photo qui vampirise l'album par sa présence à mon avis trop importante. Dès lors un déséquilibre s'installe. Peut-être aurait-il fallu moins de photos, mais d'un plus grand format, ne serait-ce que pour les magnifier ? Si densité il y a, elle est plus à chercher du côté du texte, du témoignage écrit, que de l'émotion dégagée par les dessins. Cependant Guibert excelle dans les scènes nocturnes et dans le découpage et la mise en scène sobre des dialogues. En conclusion, une démarche étonnante, mais un résultat en mi-teintes.
Quelle déception ! De Vito est excellent aux crayons. Mais on s'ennuie autant que lui à la lecture de ce second volume d'une histoire passablement embrouillée (quand les éditeurs comprendront-ils qu'un résumé de l'album précédent est parfois nécessaire ?). Il faut s'accrocher pour suivre l'histoire jusqu'au bout. Une série B digne d'un téléfilm de M6. Dommage pour ces deux auteurs talentueux.
Quel délice cet album ! Personnellement, je suis encore sous le charme. La suite de l'intrigue peut laisser place à des retournements de situation (du moins on peut l'espérer) et les personnages ont une réelle consistance . François semble être quelqu'un qui assume ses choix, retranché avec cynisme dans son égoïsme, contrairement au Julien du "Sursis", personnage indécis retranché, lui, dans un grenier. Au bout du compte tout deux se tiennent à l'écart de la guerre. Tout le contraire des femmes qui affrontent les événements, chacune à leur manière. Cécile aidait un "résistant" par défaut, Jeanne, plus déterminée et cassante a fait des choix beaucoup plus risqués. L'histoire est servie par une qualité d'écriture remarquable. Les dialogues sont d'une drôlerie percutante. Mêmes si quelques petites invraisemblances demeurent. Par exemple est-il crédible de tout raconter à Hugette et René, sachant que la première est une bavarde invétérée doublée d'une tête de linotte et que le second est très porté sur la boisson ? Quoi qu'il en soit, les personnages sont d'une touchante humanité aussi bien les premiers que les seconds rôles. On sent chez Gibrat un véritable désir de donner de l'épaisseur à ses personnages et un grand amour pour eux. Mais il ne s'illusionne pas pour autant, il y a chez lui un regard nuancé sur l'humanité qui l'éloigne de l'angélisme béat. Paris est aussi l'objet des attentions de Gibrat qui reconstitue la ville occupée avec un grand soin. L'ambiance est magnifiquement restituée. Graphiquement, l'album me paraît encore plus réussi que "le Sursis". Les couleurs sont délicates et harmonieuses, la petite note rouge du béret de Jeanne (hasard ou clin d'oeil : Jeanne est communiste) ponctue les planches avec beaucoup de sensibilité. On connaissait le bleu Bilal, on découvre le rouge Gibrat. Les talents de coloriste de Gibrat ne sont plus à démontrer. Cependant, il me semble qu'il fait preuve dans cette album d'une plénitude et d'une maîtrise encore inégalée dans le reste de son oeuvre. La vue du canal Saint-Martin et de l'Himalaya à la case 1 de la planche 28 est de toute beauté. Elle alterne le sombre et le clair d'un bord à l'autre de l'image structurant la composition en une succession de triangles d'ombre et de lumière répartis dans le sens de lecture (le quai, la péniche et son reflet, celui du ciel bleu, celui du bâtiment sur le quai d'en face et le bâtiment lui-même). Le reflet bleu au premier plan fait écho au bleu du ciel découpé en petites parcelles par les ponts et les immeubles. Le jaune d'or de la péniche vient apporter son contraste de couleur. Un petit pan de mur jaune qui contraste sur un ciel bleu, ça ne vous rappelle rien ? Et cette splendide image d'une tendre simplicité, case 7, planche 23. Jeanne y paraît fragile et abandonnée, minuscule et frêle assemblage de courbes douces. Elle semble réisignée, perdue au milieu d'un univers menaçant de lignes verticales et anguleuses qui l'encerclent et la dominent. C'est tout le savoir-faire et le talent d'un grand artiste de passer de la complexité à la simplicité en gardant toujours une suprême élégance. Evidemment, on retrouve dans ce "Vol du corbeau" les petites marottes de l'auteur. La brune aux yeux bleues et à la jolie bouche, (question : quand Jeanne va-t-elle changer de chaussettes ?), le grand maigre (François), les personnages masculins tous affublés d'un gris bleu au menton (comme si personne ne se rasait sous l'Occupation). Je passe sur quelques autres tics bien pardonnables, c'est vraiment histoire de chipoter. :O) Voilà, pardon d'avoir été un peu long. Mais, l'enthousiasme, c'est dur à freiner. Je range sans hésiter "le Vol du corbeau" dans la catégorie des indispensables de la rentrée. Tout à côté de "Murena".

 
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