Les 52 critiques de Jean Loup sur Bd Paradisio...

"Planète bleue" change Aquablue d'environnement puisque c'est essentiellement sur Terre que se déroule cet épisode des aventures de Nao et du peuple qu'il veut sauver. Vous allez être paumé si vous n'avez pas lu le premier volet, même si avec quelques efforts vous devriez pouvoir reconstituer les grandes lignes de l'intrigue. Pour ceux qui aiment commencer par le commencement, voilà donc la suite du prix Alph'Art Jeunesse d'Angoulême 1989 (déjà !!). Cette suite se lit aussi bien que l'original. Le trait de Vatine est toujours vivant et esthétique, dans un style semi-réaliste dont plusieurs dessinateurs actuels ont su s'inspirer. Le dynamisme et le mouvement du graphisme servent le récit de Cailleteau, les scènes d'action ayant une efficacité bienvenue. Les couleurs assurées par le scénariste paraissent un peu ternes aujourd'hui, mais son scénario n'a rien perdu de son éclat ! Les références à Star Wars sont toujours présentes (Carlo et son Stromboli fleurent bon le Han Solo à bord du Faucon Millenium), ce qui n'est pas pour déplaire à l'amateur de SF qui est la cible d'Aquablue. Le personnage de la journaliste ajoute une dimension aux relations entre les protagonistes et devrait se retrouver dans les prochains volumes. Quant aux ficelles scénaristiques (ce "hasard" qui fait bien les choses...), elles ne sont ni plus grosses ni plus fines qu'ailleurs. L'intervention opportune de Tony n'a rien d'incroyable dans un neuvième art où les coups de théâtre font partie intégrante du plaisir du lecteur (relisez XIII, vous en aurez plus qu'il n'en faut...). Bonne série, devenue classique depuis sa sortie, et que vous auriez franchement tort de bouder.
Nao (Aquablue) par Jean Loup
Aquablue est un incontournable de la bande dessinée de science fiction, un repère posé à la fin des années 1980 dont on voit encore les traces aujourd'hui. Vatine, qui n'avait encore à son actif que "Fred et Bob" et "L'as des astres" (paru dans le magazine Fluide Glacial, à l'époque...), allait tout bonnement imposer un graphisme dont l'écurie Delcourt allait avoir du mal à se remettre. Les Carmen McCallum et autres Golden City ont des qualités indéniables, mais il est tout aussi évident que leur dessin est proche de celui de Vatine. Aquablue a un peu vieilli graphiquement (par ses couleurs notamment, assurées par Cailleteau, puis remises au goût du jour dans une nouvelle formule) mais reste accrocheur et séduisant. Vatine a du talent, et on ne peut que regretter qu'il se fasse aussi rare - rappelons d'ailleurs que la série Aquablue est maintenant dessinée par Tota. Cailleteau a puisé dans le répertoire commun pour faire son scénario : certains le déplorent. A mon sens, il n'y a rien là de gênant. Prenons le Star Wars original (le IV, donc) : dans le genre recyclage de clichés, on peut difficilement trouver mieux ! Et pourtant, le film de Lucas marche incroyablement bien. Pour Aquablue, c'est du même ordre : il n'y a pas grand chose de novateur, mais la réunion des différents ingrédients puisés ça et là donne un résultat dynamique et efficace. On se passionne pour les aventures de Nao et de son petit monde, et si les méchants sont caricaturaux, cela permet de mieux les détester ! Si vous êtes amateur de SF, vous ne pouvez pas faire l'impasse sur Aquablue. Et si vous appréciez les histoires bien menées, ce premier volet devrait vous mettre en appétit pour les suivants.
Je n'avais pas entendu parler d'Aberzen, et c'est au hasard que j'ai pris cette bande dessinée, séduit par des illustrations qui semblaient réussies. Et en effet, cette introduction est plutôt agréable. On a affaire à un auteur complet, puisque N'Guessan s'est attelé au scénario et au dessin (les couleurs étant assurées par Gibelin). Son style graphique est séduisant. Si vous aimez la bande dessinée animalière (fans de Canardo, De Cape et de croc, Blacksad, etc : levez-vous !) et la science-fiction horrifique (Alien en tête), vous devriez trouver en N'Guessan un auteur à votre goût. Le trait est rond, vif, précis, et servi par un découpage comme par un sens du mouvement qui fonctionnent bien. L'alternance entre les différentes scènes est bien équilibrée, avec des situations qui se répondent. Les différents personnages sont bien croqués : le lecteur les trouve rapidement sympathiques. L'univers d'Aberzen est assez original dans un genre pourtant foisonnant en BD : la Science-Fiction. D'abord, il y a peu de SF avec des animaux ("Bucky" me revient en mémoire, chez Comics USA). De plus, ce que l'on entrevoit de l'univers avec les premières explications en fin d'album (je vous laisse les découvrir) semble intéressant et novateur. L'ensemble du récit, malgré des zones d'ombre nombreuses, est très rythmé. J'avoue une préférence pour la scène dans les mines, visiblement inspirée par Alien, qui mêle efficacement relations entre les personnages et suspense tendu. Prometteur, pour un premier volet, "Commencer par mourir" est un bon divertissement. On est curieux de voir ce que donnera Aberzen par la suite.
Sixième tome, déjà, et première semi-déception pour cet "Inventaire avant travaux". La série des Monsieur Jean reste une valeur sûre, mais j'ai trouvé que cet album manquait un peu de pep's. Le titre a quelque chose d'un aveu. Le scénario de cette nouvelle cuvée tient en effet de l'inventaire dans le sens où il recycle des thèmes déjà abordés auparavant par le talentueux duo de scénaristes/dessinateurs. La caisse dans l'appartement évoque le livre perdu ou le tableau maquillé des albums précédents. Le coup du rêve (interminable : 10 planches qui font s'enliser le récit) avait été mieux exploité dans les autres opus. Les grands-parents fantômes ont, eux aussi, une odeur de réchauffé. Ajoutons à cela les SDF dont on ne saisit pas bien la portée dans le scénario, et l'on obtient une histoire qui est la plus faible de la série. Graphiquement, il y a quelques évolutions. Les gros plans sont plus nombreux, avec un trait épais. La mise en couleurs n'est pas toujours très heureuse, notamment ce trait marron utilisé pour l'ombre qui semble défigurer les personnages dans les premières planches. Saluons tout de même le coup de patte des deux auteurs qui savent rendre, par un trait minimal, un visage incroyablement charmant (l'apparition de la stagiaire en planche 12). Le style Dupuy et Berbérian reste toujours aussi efficace, original et collant parfaitement au ton de la série. Pas mal quand même, cet album, mais j'espérais mieux de la part de ce tandem d'auteurs si attachant.
Bien sûr, c'est superbe. Il faudrait vraiment être d'une mauvaise foi inébranlable pour ne pas saluer la qualité du travail graphique de Gibrat. Les décors, les personnages, la sensualité troublante que dégage l'héroïne, tout est du bel ouvrage. L'auteur du magnifique "Sursis" ne déçoit pas et maîtrise sans doute encore mieux son art de la mise en couleurs. C'est un de ces volumes qu'on feuillette après lecture pour le plaisir des yeux. Mais... car il y a un mais, "Le vol du corbeau" est moins réussi que son illustre aîné d'un point de vue scénaristique. Tout d'abord, Gibrat se laisse aller à la facilité en explorant à nouveau la France occupée, en tissant des liens entre les deux récits (à quoi bon ? La très jolie fin du "Sursis" n'appelait ni suite, ni histoire parallèle) et en réutilisant des personnages trop proches graphiquement. J'aurais attendu plus d'originalité et d'audace. De plus, "Le vol du corbeau" manque de rythme, mise tout sur des dialogues qui sont parfois trop travaillés pour être honnêtes, et fait trop penser au "Sursis" ! Au final, cela reste un album sympa, aux qualités réelles, qu'un lecteur ne connaissant pas Gibrat pourrait adorer. Mais quand on a lu "Le Sursis", ce nouveau tome laisse un goût de trop peu. On ne regrette pas son achat, mais on aurait aimé que Gibrat reste au niveau d'excellence qu'il avait su atteindre.
Je me rends compte en postant cette chronique que je n'ai pas lu grand chose de Larcenet, dont on ne peut pourtant pas dire qu'il sorte peu d'albums (six parutions en 2001... ça laisse rêveur !). En dehors des Cosmonautes du futur et d'Un donjon de trop, je n'ai pas eu l'occasion de découvrir sa production. Ce "Temps de chien" me donne des regrets et me fait rougir de honte devant ce manque à ma culture bédéphile. La collection Poisson Pilote est décidément une des meilleures choses qui soient arrivées chez Dargaud. Depuis son lancement, elle accumule les albums de qualité et comporte déjà quelques indispensables. Ce Sigmund Freud est à la hauteur malgré sa petite taille ! Larcenet revisite la personnalité du plus célèbre des psychanalystes avec un humour vif et bien senti. De nombreuses répliques sont vraiment très drôles, l'album dans son ensemble reposant plus sur la drôlerie des dialogues que sur un comique de situation. Le dessin de Larcenet pourrait paraître son point faible. Il est vrai que l'on lorgne plus du côté de Trondheim ou de Sfar que de Lidwine ou Rosinski, mais Larcenet maîtrise son art. Le trait semble rapide et maladroit au premier abord, mais très vite on apprécie le style, et surtout, les attitudes très vivantes des personnages prouvent qu'elles ne doivent rien au hasard (exemple, dès la deuxième page, du cow-boy prêt à donner un coup de pied et du chien qui se vautre case suivante). En bref, le trait colle fort bien au récit et vous allez passer un bon moment. Pendant ce temps-là, moi, je vais tâcher de combler mes lacunes en matière de Larcenet !!
Cadre très original pour cette série menée par le scénariste de la mythique "Quête de l'oiseau du temps". Serge Le Tendre avait déjà montré son intérêt pour les contextes historiques avec "La gloire d'Héra" ou "Tirésias". Il aborde ici la communauté asiatique sur le sol américain du XIXe siècle, ce qui est déjà une curiosité. Ce n'est pas le seul atout de Chinaman, qui n'est pas destiné aux seuls amateurs de reconstitution mais à tous ceux qui apprécient un bon récit d'action. Les relations entre les personnages sont bien restituées, et la psychologie du mercenaire central permet un enrichissement de la trame scénaristique au fil de l'album. Il n'y a pas de temps mort, malgré une alternance des types de scènes (il n'y a pas que du combat, bien sûr !), et l'équilibre de l'ensemble est réussi. Je ne crois pas avoir jamais lu d'album illustré par Taduc avant celui-ci. Son trait est assez séduisant, bien qu'il lui manque peut-être un brin de personnalité. Les ambiances et les réactions des personnages sont bien rendues, notamment le caractère ombrageux du héros qui ressort parfois d'une seule case. Album agréable donc, qui donne envie de suivre les aventures de ce Chinaman qui pourrait bien rejoindre Kogaratsu au panthéon des héros venus d'Asie.
V pour Vendetta par Jean Loup
Attention, monument du neuvième art ! Dans une Angleterre livrée au fascisme d'un futur parallèle, un terroriste connu sous le nom de code : V, sème le désordre dans le régime et le trouble dans les esprits. Insaisissable, dissimulé derrière le sourire glacé d'un masque de comédie, V mène la danse d'un étrange ballet dont il est seul à connaître le dénouement. Et ce n'est que peu à peu que le lecteur entrevoit les motivations et enjeux de cette impitoyable vendetta... "V pour vendetta" est l'une des meilleures bandes dessinées jamais parues. Alan Moore livre un de ces quelques scénarios éblouissants dont l'esprit créatif humain se révèle parfois capable, au détour d'une oeuvre qui va bouleverser le lecteur, le passionner, l'émouvoir, l'inviter à la réflexion. La qualité et la densité du récit de cette épopée sont remarquables. L'exploration psychologique des différents personnages est d'une profondeur rarement vue en bande dessinée. Bien sûr, le nombre important de pages n'y est pas étranger (cette intégrale rassemble les six volumes parus chez Zenda à la fin des années 1980), mais le cadre rigide des 44 planches n'est rien qu'une convention dont un nombre grandissant d'auteurs décide de s'affranchir. On a souvent reproché à "V pour vendetta" d'être graphiquement peu séduisant. Reconnaissons que le travail de David Lloyd peut nécessiter une période d'adaptation et qu'il ne retiendra pas forcément l'attention d'un de ces bédéphages pressés qui feuillettent rapidement les albums à la FNAC (avant de s'arrêter sur un, de le lire entièrement en rendant impossible l'accés au rayon devant lequel ils squattent, puis de reposer l'album dont la reliure cassée fera le désespoir de son futur acquéreur... mais c'est un autre débat !). Pourtant, après plusieurs relectures de "V", le graphisme de Lloyd me paraît désormais indissociable du récit de Moore. Il y a du mouvement, de la tension, un sens de la mise en images qui transcendent totalement la particularité du trait. Moore ne le savait pas encore à l'époque, mais les événements politiques français d'avril 2002 ajoutent encore une dimension supplémentaire à la redécouverte de cette somptueuse BD. Raison supplémentaire pour la (re)lire, donc, en vous attendant à un choc émotionnel lié à la force et à l'émouvante beauté de ce drame d'exception.
Les ramifications innombrables de la série Donjon avaient tout du délire d'auteur, mais le nombre déjà impressionnant d'albums réalisés fait qu'on se demande si Sfar et Trondheim ne vont pas mener leur pharaonesque projet à son terme ! Ce premier volet de la partie "Donjon Monsters" est plutôt sympa. Le principe est de raconter une aventure d'un personnage secondaire de la série. Ici, c'est Jean-Jean qui est sous les feux de la rampe, dans sa quête pour arriver au fameux donjon. Les trouvailles de Sfar et Trondheim restent nombreuses et drôles, en particulier pour les lecteurs familiarisés avec l'univers des jeux de rôle. Mazan, auquel est revenu l'honneur d'ouvrir cette série, avait déjà livré un sympathique "Dans l'cochon tout est bon". Le trait qu'il adopte pour mettre en images les délires de son duo de scénaristes est bien dans la lignée des autres albums de Donjon : le lecteur ne sera donc pas dépaysé. Les mimiques des personnages sont assez réussies, en particulier celles du machiavélique Guillaume. Bien sympa, donc, ce volume, d'autant que je n'avais pas lu de Donjon depuis pas mal de temps. C'est très distrayant et sans prétention, et c'est bien comme ça.
Le premier tome de Blacksad avait été accueilli avec un enthousiasme général que les quelques réserves sur un scénario quelque peu convenu n'avaient pu émousser. C'est dire si ce deuxième volet était attendu comme le loup blanc par le monde bédéphile. Et là, chapeau bas : les deux Espagnols réalisent un splendide doublé. Guarnido reste LA révélation graphique de ces dernières années. Son trait est proprement superbe, et l'on s'attarde avec admiration sur des cases qui sont un nectar optique ! Impossible de ne pas être envoûté par le bestiaire mis en scène avec un rare talent par le prodige espagnol. Tous les personnages sont expressifs, majestueux, bien choisis (chats, renards, ours et pies se croisent au hasard des rencontres). Les amateurs d'illustration ne peuvent faire l'impasse sur cette série. Le scénario du premier volume avait souvent été jugé inférieur à sa mise en images. Certes, mais les dessins de Guarnido sont tellement beaux que bien peu de scénaristes pourraient être vraiment à la hauteur ! Quoi qu'il en soit, cette deuxième aventure devrait apaiser les détracteurs car elle est très bien ficelée. On reste dans le polar pur et dur, mais le thème est plus alléchant puisqu'il est question de racisme et d'une organisation qui ressemble méchamment au Ku Klux Klan. Ce parallèle avec l'histoire américaine n'empêche d'ailleurs pas un rapprochement avec des événements français d'avril 2002... Très bonne idée donc, fort bien mise en scène, l'opposition entre les animaux à blanc pelage et les autres fonctionnant pleinement. Vous n'aimez pas le consensus ? Désolé, mais je ne peux que rejoindre l'unanimité des amateurs de belles choses: il faut acheter "Arctic-Nation" !
Western par Jean Loup
Voir Rosinski et Van Hamme sortir conjointement du cadre de "Thorgal", c'est en soi un événement. Les voir aborder le thème du western, inédit pour tous les deux, est tout aussi alléchant. Et ce n'est pas parce que cette bande dessinée était une réussite annoncée qu'il faudrait faire la moue. "Western", comme son nom l'indique, ressuscite les cow-boys, outlaws et autres éleveurs dans le cadre fascinant des Etats-Unis de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Van Hamme joue avec les règles du genre, à la manière d'un Clint Eastwood époque "Impitoyable". Les personnages sont très humains, bien loin du héros sans peur et sans reproche du cinéma des années 1950. Ils sont vils, pleutres, cupides ou opportunistes, sans pour autant être antipathiques. L'omniprésence de la voix off est une bonne trouvaille, que le western en BD n'avait jamais autant explorée (à ma connaissance tout au moins). L'histoire est bien troussée, même si les dernières planches seraient presque décevantes par rapport au reste de l'album : la pirouette finale de Van Hamme n'a pas la saveur de celle qu'il avait imaginée pour "Le grand pouvoir du Chninkel". Rosinski livre un très, très beau travail. Les lecteurs de "Thorgal" vont découvrir une nouvelle facette des talents de ce grand nom du neuvième art. L'utilisation des couleurs est très judicieuse, sans aucune teinte vive hormis le sang, qui se retrouve ainsi mis en avant. Le marron et le gris sont dominants, ce qui laisse une impression poussiéreuse très réussie. Notons que les cinq illustrations en double page sont magnifiques, véritables peintures qui ne dépareraient pas dans un intérieur cossu. Bon album, bon western, et bonne occasion de vous offrir une BD de qualité !
La jeune Nävis s'est définitivement intégrée au monde de Sillage et en est devenue l'une des figures emblématiques. Le consul Enshu Atsukau, on le sait (relisez le tome deux), n'est pas insensible aux charmes de la belle. Bobo, guidé par Snivel, s'introduit dans le vaisseau du consul. Il y découvre une réplique de la biosphère de Nävis et consulte un vistern qui contient apparemment de très nombreuses informations sur la jeune Terrienne. Pour le lecteur, c'est l'occasion de parcourir ces pages réunies par le consul et d'en apprendre davantage sur l'héroïne de cette série. "Le collectionneur" a le mérite d'être franc : si vous n'êtes pas un mordu de la série, vous pouvez passer votre chemin ! Cet album n'est pas réellement une bande dessinée, malgré la présence de plusieurs planches réalisées par Buchet pour l'occasion : il s'agit d'un recueil présentant des illustrations inédites de Nävis et de quelques autres personnages. C'est plaisant à regarder car Buchet a une jolie maîtrise de son pinceau et qu'il montre une autre facette de son talent grâce à ces illustrations qui s'affranchissent souvent de ses techniques habituelles de dessin ou de mise en couleur. Le texte imaginé par Morvan et Dragan n'est pas d'un intérêt exceptionnel, mais il a le mérite de relier les images créées par Buchet et de donner une cohérence à ce hors série. Fans de Sillage, foncez chez le libraire ! Amateurs d'illustrations, jetez un coup d'oeil à ce volume ! Pour les autres, autant vous prévenir : mieux vaut vous abstenir car vous risquez de regretter votre investissement.
Bien sûr, ce club "Green Manor" où se réunissent des gentlemen intéressés par le crime et ses différents aspects, a des airs de déjà-vu. Bien évidemment, cette idée d'une succession de six courtes intrigues policières a déjà été utilisée et réutilisée. Mais Bodart et Vehlmann, tout en parcourant des sentiers déjà explorés, insufflent suffisamment de souffle à leur album pour qu'il soit une réussite. Graphiquement, le style de Bodart (que je ne connaissais pas) est séduisant. Les attitudes des personnages sont très convaincantes, toujours empreintes du légendaire flegme des gentlemen britanniques de l'époque de Sherlock Holmes. Le style semi-réaliste choisi par le dessinateur colle parfaitement à l'ambiance des histoires courtes imaginées par Vehlmann. Celui-ci a eu de bonnes idées. Relancer la tradition du mini récit policier avec rebondissement final ou chute inattendue était une gageure : c'est aussi une réussite. La mise en scène alerte et le judicieux découpage rendent justice à la qualité générale des intrigues. Vehlmann est certainement un amateur de romans policiers ; en tout cas, c'est un bien bel hommage qu'il rend à ce genre, et ses idées marquent le lecteur. Plusieurs mois après la lecture, on se souvient des dénouements, ce qui est très bon signe car chaque histoire ne tient que sur quelques planches et bien des albums passent entre les mains du bédéphile boulimique ! Vraiment sympa donc, et tout amateur du genre policier appréciera cet album réjouissant. Quant à savoir pourquoi Green Manor est paru dans la collection "Humour libre", c'est un mystère sur lequel il faudrait lancer les plus fins limiers !
Cycloman par Jean Loup
Une soirée costumée peut suffire à vous plonger dans une aventure incroyable ! C'est en tout cas ce qui arrive au héros de cet album, qui endosse une armure de super-héros achetée pour une bouchée de pain chez un costumier qui voulait absolument s'en débarrasser. Très vite, il lui arrive des choses étranges, et les tremblements de terre qui suriviennent sur la planète pourraient bien être liés à une surprise colossale pour ce héros malgré lui ! On est dans l'univers des comics, avec un genre d'Iron Man qui aurait oublié d'être alcoolique (pas comme Tony Stark, donc) mais aussi de lire le mode d'emploi de son armure ! Forcément, avec Charles Berbérian au scénario (temporairement séparé de son acolyte Bupuy), on se doute qu'on ne va pas lire une énième production Marvel. Pourtant, l'auteur se révèle surprenant : on est très loin d'Henriette ou de Monsieur jean, et à des lieues de l'introspectif Journal d'un album. Berbérian se fait plaisir avec un comics au charme un peu rétro qui navigue entre l'humour, l'action et le spectaculaire, finalement pas si éloigné de ce qui peut se faire dans ce genre. Le graphisme de Grégory Mardan est déjà plus décalé par rapport au style habituel des comics. Inspiré à la fois par Dupuy et Berbérian ou Blutch, son trait en noir et blanc est original et sympathique mais risque de rebuter les lecteurs habitués à des dessins plus conventionnels. Dans l'ensemble, les 160 pages se lisent bien, et rapidement. Mais l'album a beau être sympa, on aurait pu attendre un peu mieux. Peut-être parce qu'on oscille entre hommage et parodie, entre rire et action, entre super-héros et scènes de la vie quotidienne. En ce sens, Cycloman a tout de l'OVNI pour le bédéphile qui aura du mal à le classer dans sa bibliothèque ! A ne pas choisir nettement son camp, on a le sentiment que Berbérian a manqué certains développements de son idée. Ni ringard ni génial, ce volume est une curiosité sur laquelle vous pouvez vous pencher sans en attendre plus que ce qu'elle offre.
La fin du troisième épisode avait laissé Crapaud en bien fâcheuse position, inanimé dans une rivière qui le recouvrait peu à peu comme un gigantesque linceul. Cessez vos tremblements, rangez vos mouchoirs, retrouvez le sourire : le batracien le plus vaniteux de la création n'est pas mort ! Les enfants de Loutre, amateurs de pêche, vont trouver un drôle de poisson au bout de leur hameçon. A peine ramené à la vie, Crapaud apprend une terrible nouvelle : son château est squatté par une horde de belettes qui revendiquent la propriété de l'immense bâtisse. C'en est trop : ce foutoir au manoir, ô désespoir... on va voir ce qu'on va voir ! Pour ce quatrième et dernier volet du Vent dans les Saules, Plessix et ses héros lâchent la bride : la conclusion sera en apothéose ou ne sera pas ! Nettement moins contemplatif que les précédents, beaucoup plus tourné vers l'action et l'humour, cet album permet à Michel Plessix de dévoiler un sens comique assez réjouissant. Son utilisation de l'ellipse dans ces cases successives où le titre de propriété de Crapaud change sans arrêt de main, est hilarant. Servi par un graphisme toujours aussi exceptionnel, qui nous fait d'ailleurs regretter un plus grand format qui l'aurait mieux mis en valeur, le récit se déroule avec un entrain communicatif. La mise en scène de la bataille au manoir est vraiment superbe et diablement efficace. A moins que votre fin de mois ne s'annonce particulièrement difficile, il n'y a donc aucune raison valable pour vous priver de cet album (voire de l'intégrale de la série !).
A la fin du premier tome, nous avions laissé Rat et Taupe en bien délicate posture, frappant à une porte synonyme de salut au milieu des frayeurs du Bois sauvage... Mais reconnaissons que le suspense n'était pas haletant et qu'on imaginait sans peine que Blaireau allait ouvrir aux deux compères, leur servir une collation et enfin rencontrer Taupe qui souhaitait tant faire sa connaissance ! Crapaud est également de la partie, et sa dévorante passion pour les automobiles est narrée au lecteur dans le dernier tiers de l'album. On retrouve tout ce petit monde avec un sacré plaisir, et on regretterait presque de ne pas avoir eu d'aussi jolie BD entre les mains quand on était haut comme trois pommes ! Heureusement, "Le vent dans les saules" peut être lu aussi bien par des enfants que par des adultes, et c'est sans vous cacher que vous pourrez dévorer cette nouvelle livraison. Je n'hésite pas à en remettre une couche sur la qualité exceptionnelle du pinceau de Plessix. Que c'est beau ! Les détails de chaque case, les bâtiments somptueux, les paysages envoûtants sont autant d'invitations à la contemplation. Les trente-deux pages ne doivent pas vous induire en erreur : il vous faudra autant de temps pour les lire qu'avec un classique quarante-quatre planches, car on ne peut que rendre justice aux superbes illustrations en prenant bien le temps de s'en imprégner. Empressez-vous donc de lire cette série et de la faire figurer en bonne place sur vos étagères.
Farniente par Jean Loup
Un homme, une femme. Un couple en vacances, comme il y en a tant d'autres. On ne connaît même pas leur nom. En tout cas, ils se connaissent bien, ont dépassé la phase de l'amour fou et aiment se poser des questions existentielles plus ou moins alambiquées. Il faut dire que leurs vacances ne sont pas des plus actives et qu'être allongé au soleil, à ne rien faire, incite à la conversation ! Dans le petit format de la colection Ciboulette de L'Association, Trondheim et Hérody mettent en scène leurs personnages dans un cadre basique (six cases identiques par planche). Le dessin d'Hérody est tout aussi épuré, avec un peu de lavis et encore moins de décors. Tout se concentre autour du couple de personnages, véritable centre de leur petit monde où l'irruption d'un tiers qui leur adresse la parole est exceptionnelle. Hérody ne dessine quasiment qu'eux, et si ce minimalisme graphique n'a rien de rebutant pour l'amateur éclairé de bande dessinée, il faut bien reconnaître que cela rend nécessaire d'avoir un scénariste en béton. Trondheim joue ce rôle, et si vous avez un minimum de culture sur la nouvelle génération d'auteurs, vous savez qu'il a déjà montré à maintes reprises qu'il avait beaucoup d'idées. C'est donc avec regret que j'ai refermé cet album, qui se lit à une vitesse phénoménale : tout cela n'est pas déplaisant, mais c'est sensé être drôle. Or, c'est tout au plus un vague sourire qui naît chez le lecteur. La trentaine de pages s'avale en quelques minutes, et s'oublie en à peine plus de temps. C'est typiquement le genre de BD à lire en bibliothèque mais qu'il me paraît totalement superflu d'avoir sur ses étagères. On ne s'ennuie pas, d'accord, mais on est en droit d'attendre un peu plus de Lewis Trondheim. Et parce que c'est lui, je ne mettrai que deux étoiles au lieu des trois envisageables, histoire de bien insister sur le fait que "Farniente" est hautement dispensable.
"Le Vent dans les saules" est nettement plus célèbre outre-manche que dans nos contrées, mais la brillante adaptation de ce roman de Kenneth Grahame par Michel Plessix devrait (au moins partiellement) réparer cette injustice. Les aventures de Rat, Taupe, Crapaud, Loutre et Blaireau possèdent en effet ce charme d'exception qui sait captiver les petits comme les grands. Je n'ai pas lu le roman, aussi ne puis-je pas juger de la fidélité ou de la trahison de cette adaptation. En revanche, en tant qu'oeuvre lue sans connaître l'original, "Le bois sauvage" est une éclatante réussite. D'un point de vue graphique, c'est tout bonnement époustouflant. La précision du trait, les nuances des couleurs, la bonhommie des personnages, la sérénité qui se dégage des décors, tout cela est incroyablement beau. C'est certainement cette grande qualité, et le temps nécessaire pour l'obtenir, qui expliquent que l'album ne fasse que trente-deux pages. Rassurez-vous, vous ne vous sentirez pas lésé : ce régal pour les yeux vous en donnera pour votre argent ! Le ton général du "Bois sauvage" est a priori assez enfantin, mais Plessix sait éveiller la fibre sentimentale du public adulte qui ne peut que fondre devant les péripéties de ces animaux habillés comme d'élégants bourgeois du XIXe siècle. Ce premier tome est assez contemplatif et doit beaucoup à l'ambiance créée par les illustrations, mais le découpage assez serré de Plessix permet une densité de l'action telle qu'on a le sentiment d'avoir lu davantage que trente-deux pages. Au final, un album à posséder absolument car c'est un chef d'oeuvre du genre.
Qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que, de retour dans sa ville natale, un homme de quarante-huit ans redevienne un adolescent de quatorze ans ? Si la question est posée, elle devient très vite secondaire. L'intérêt de "Quartier lointain", récompensé à Angoulème par l'Alph'art du scénario, réside ailleurs que dans ce curieux tour de passe-passe, que "Big" avait déjà un peu exploré au cinéma (mais dans l'autre sens : un gamin devenait subitement adulte) et que Pennac avait abordé ("Messieurs les enfants"). Taniguchi n'exploite pas la dimension fantastique qui n'est qu'un prétexte, un subterfuge pratique pour dévoiler un récit intimiste et attachant. En redevenant le gosse qu'il avait été, son personnage ne perd pas la mémoire, et c'est en homme d'âge mûr, expérimenté et philosophe, qu'il revit son adolescence. Et ce changement profond de personnalité a inévitablement des effets sur cette deuxième existence : de nouvelles situations naissent, qui ne s'étaient pas produites lors de la première vie de Hiroshi. De là à penser qu'une nouvelle chance lui est offerte et que certains drames personnels pourraient être évités, il n'y a qu'un pas que le héros est bien décidé à franchir. Ce tome 1 s'achève sans réponse définitive, et on brûle d'impatience de connaître la suite. C'est un bien bel album. Le dessin est évidemment très orienté manga mais il est gracieux et délicat, et bénéficie d'une savante utilisation de la trame et du noir et blanc. On est très loin du piètre graphisme de BD réalisées à la va-vite et l'on imagine mal un lecteur rester hermétique à ce trait plaisant et élégant. Quant à l'idée-même de résister à la force émouvante du scénario, c'est peine perdue : vous succomberez. Taniguchi possède un sens aigu du récit et de la mise en scène qui lui permet de donner beaucoup de vie et de rythme à une histoire a priori peu dynamique. Les personnages sont hyper attachants ; les scènes sont tour à tour drôles, dramatiques ou émouvantes, sans que cela mette en péril l'unité de l'ensemble. Je n'avais lu que "L'homme qui marche" de cet auteur. Inutile de vous dire que j'attendrai impatiemment le deuxième volume de "Quartier lointain", et que la lecture du "Journal de mon père" s'annonce désormais comme un objectif à court terme.
Christian Walker est inspecteur à la brigade criminelle. Grand, baraqué, efficace, on fait appel à lui dans les situations critiques, parfois à la demande des malfrats eux-mêmes car notre homme a su se forger une solide réputation. Mais Walker est inspecteur dans un monde où les héros en costume évoluent au beau milieu de la masse des humains. Et c'est à propos d'un meurtre peu banal que Walker et sa nouvelle équipière débutante, Deena Pilgrim, doivent mener l'enquête : Retro Girl, l'idole de la population, a été assassinée. Pour éclaircir le mystère de sa mort, les deux flics vont devoir mener des interrogatoires dans le monde des super-héros et super-vilains, pas forcément très coopératifs... Et quel obscur secret Walker cherche-t-il à dissimuler aux yeux de Deena ? Conter les aventures d'humains dans un monde de super-héros est une idée simple mais lumineuse. Bendis n'est pas précurseur en la matière puisque le formidable "Marvels" revisitait déjà l'univers des super-héros à travers l'oeil d'un photographe tout ce qu'il y a de normal. Mais "Powers" dynamise avec intelligence ce postulat initial car c'est comme acteur, et non comme simple spectateur, que l'inspecteur Walker participe à l'existence des surhommes. Très bonne idée, donc, et joliment mise en oeuvre. Brian Michael Bendis, auteur de "Ultimate Spiderman", "Torso", "Rising Stars" ou "Sam and Twitch", a d'ores et déjà conquis ses lettres de noblesse comme scénariste. Son sens aigu du dialogue et de la mise en page, qui culmine dans "Torso", est aussi remarquable dans "Powers". Les phylactères reliés à travers une planche entière portent désormais sa griffe, et ce n'est qu'une des innovations de ce créateur surdoué. Les scènes du récit s'enchaînent avec force et évidence, et on dévore les 144 pages comme s'il n'y en avait que 44 ("déjà fini ?!"). Bendis sait s'entourer de dessinateurs aptes à mettre en image ses visions scénaristiques. Oeming le fait ici avec brio, par un trait clair et stylé qu'on a peu l'habitude de contempler dans l'univers des comics. Le graphisme est des plus agréables, très rond et gracieux, et saura séduire des publics d'âge différent. Parce qu'il adopte le point de vue d'humains au milieu de personnages en costume, "Powers" peut constituer une bonne introduction à l'univers des comics si vous y êtes encore hermétique. Si vous y avez déjà vos entrées, ne vous privez pas de ce joli volume d'une collection qui contient plus que sa part d'oeuvres de qualité.
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