« La chasse aux ombres », premier tome de « Bellagamba », par Claude Klotz et Max Cabanes, dans la nouvelle collection grand format de Casterman.
Puisque ça marche chez les autres, pourquoi pas chez nous ? C'est un peu la philosophie qui semble avoir prédominé chez Casterman, pour la création de cette nouvelle série en grand format. Trois albums d'un coup. Deux nouveautés et une réédition, pour lancer ce nouveau produit vendu un peu plus cher que les albums cartonnés habituels. Espérons que ça marche, car comme chacun sait, la maison d'édition belge longtemps éditrice du magazine (A Suivre) connaît de sérieux soucis de trésorerie. Ce qui ne l'empêche pas de proposer d'excellents albums pour cette première salve en grand format.
Bellagamba, ce sont avant tout deux grandes signatures.
J'avoue avoir été intrigué dès le mois d'août, lorsqu'un premier courrier annonçant la sortie de cet album m'apprit que Claude Klotz en était le scénariste. Claude Klotz/Patrick Cauvin. Quelque soit le nom qu'il emploie, il livre depuis des années quelques-uns des meilleurs romans français. « E=mc² mon amour » est sans doute le plus connu. Mais il y en a quantité d'autres, et sous le nom de Klotz, d'excellents polars qui prouvent toute sa maîtrise du genre et sa connaissance du cinéma.
L'autre signature, c'est Max Cabanes. Pour moi, un des tout grands dessinateurs (qui tourne malheureusement en rond depuis quelque temps déjà). Révélé en 89 par « Colin-Maillard », un album de courts récits paru dans la collection « Studio A Suivre », il reçoit l'année suivante le Grand Prix de la Ville d'Angoulême avant de continuer à saupoudrer ses albums entre les Humanos, Albin Michel et Casterman. « Colin-Maillard », paru initialement en album broché est justement l'album réédité par Casterman à l'occasion de la sortie de cette collection grand format... espérons qu'il en ira de même du second volume, paru en 97, histoire d'avoir les deux albums dans le même format ! Un second volume (« Maxou contre l'athlète », Casterman) dans lequel Cabanes prouvait au passage toute l'étendue de son talent en expérimentant une autre technique graphique à chaque histoire courte. Dans « La bonne vie », qui vient de paraître chez Dargaud (collection « Les correspondances de Pierre Christin »), il propose des gouaches superbes et inattendues. Bref, ce garçon sait tout faire. Et avec un scénariste de la trempe de Claude Klotz, on pouvait s'attendre à ce qu'il casse la baraque.
Bellagamba m'a beaucoup plu. Le scénario, tout sympathique qu'il est, traitant avec dérision les phénomènes paranormaux, n'a pas tant emporté mon adhésion que la galerie de personnages profondément attachants et originaux de cette histoire. A commencer par ce bellâtre de Bellagamba dont on ne sait finalement à peu près rien au terme de cette première histoire. Et sa compagne à l'insatiable appétit sexuel, Véronique, qui rêve de se faire butiner dans les situations et les endroits les plus incongrus. Il y a beaucoup d'humour derrière tout ça, ce qui ne m'étonne guère de Claude Klotz. Il y a aussi une véritable tendresse pour les personnages, même secondaires, ce qui n'est pas plus étonnant de la part d'un romancier habitué à vivre avec eux durant de longues périodes de création. La surprise vient peut-être du fait que celui-ci a parfaitement réussi le passage à la bande dessinée, ce qui est plutôt rare. Je lui reprocherais juste une mise en page un rien étriquée. Quant à Cabanes, fidèle à lui-même, il réalise un joli travail sur les couleurs, mais il me semble qu'il a un peu bâclé son dessin. Peut-être lui manquait-il lui aussi un peu d'air dans les cases pour s'exprimer pleinement. Quoiqu'il en soit, ce Bellagamba est une bien belle surprise et j'attends avec impatience la suite de ses pittoresques aventures, ne fût-ce que pour en savoir un peu plus sur ce héros épicurien cultivé et culturiste !