Maus,suis-je le seule à ne pas avoir apprécié cette histoire?

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6. iarl - 19/09/04 14:03
Il ne faudrait pas jeter la pierre à Ygorre parce qu'il a osé penser ça. Mais il est clair que ce n'est PAS la conclusion que l'on doit tirer du comportement de Vladek. Le but n'était pas de montrer des types angéliques... combien de salauds ont survécu aux camps? Peu importe, ils étaient tous embarqués dans la même horreur. Chacun a ses défauts et ceux de Vladek sont directement liés à son expérience traumatisante. On voit tout le décalage avec son fils qui, voyant que son père veut absolument lui refiler les céréales de Mala parce qu'il n'aime pas jeter, l'engueule en lui disant "Garde-les pour le cas où Hitler reviendrait!".
J'ai connu une personne âgée, ancien résistant, qui, l'âge venant, avait des crises de somnambulisme et toutes les nuits, tentait de se planquer dans un placard parce qu'il croyait que les SS venaient l'embarquer. Ça me semble assez révélateur de l'ampleur du traumatisme vécu, et que la plupart des victimes soient devenues extrêmement méfiantes n'est pas étonnant : combien se sont fait trahir par leurs amis et voisins, combien se sont fait balancer par des gens en qui ils avaient une totale confiance? Surtout au vu du résultat.

Je t'encourage donc, cher Ygorre, à relire Maus sous cet aspect. Tu verras que cette seconde lecture te paraîtra moins pénible à supporter.

5. torpedo31200 - 19/09/04 12:40 - (en réponse à : ygorre)
Intéressant cette notion de survie liée à une forme de "mérite moral"...

"j'ai fini par me dire que s'il y était resté,sa n'aurait pas été une grande perte,et que d'autres aurait bien plus mérité que lui de s'en sortir."

4. Vieto - 19/09/04 10:40 - (en réponse à : Ygorre)
Ce qui est sûr, c'est que Vladek perdrait beaucoup de son humanité s'il n'avait pas, comme nous tous, ses aspects ignobles.
C'est justement toute la force et la profondeur de l'oeuvre que de montrer Vladek comme un être humain avec ses failles, plutôt que comme un héros positif parfait.
Je trouve que ça crée une dimension de réflexion supplémentaire sur l'homme en général et sur cet évènement majeur qu'est la Shoah : la preuve, tu as ouvert cet intéressant débat.

Dans le même ordre d'idées, Woody Allen s'interroge dans un de ses films (le très pessimiste Crimes et Délits, je crois) sur le suicide d'un célèbre penseur juif, Primo Levi, qui après avoir traversé l'horreur des camps et écrit sur le sujet des oeuvres de référence, s'est suicidé en 1987 en laissant pour message : "je suis passé par la fenêtre".
Ce qui ouvre des abîmes de réflexion sur les démons intérieurs que cet homme a eu à affronter, et qui ont fini par avoir raison de lui. Sont-ils nés de ses expériences indicibles dans les camps, ou étaient-ils pré-existants?
Nul ne le sait, et c'est toute la complexité de l'homme!

3. david t - 19/09/04 07:27 - (en réponse à : ygorre)
en fait, je suis d'accord sur une chose: le père est chiant. mais je ne crois pas que spiegelman a voulu le rendre autrement que ce qu'il est. je trouve au contraire que ce trait de personnalité est très bien vu. au départ, vladek (le père) est un type entreprenant, réservé, un peu opportuniste (c'est-à-dire qu'il prend l'occasion lorsqu'elle se présente), mais pas désagréable. mais tout au long du récit, on voit combien vladek doit composer avec des situations inhumaines dont assez peu sont sortis vivants. et là il faut se demander: ceux qui en sont sortis, à quoi le doivent-ils? on le voit, certains s'en sont sortis par magouille. d'autres par collaboration avec l'ennemi. par contre, ceux qui sont faibles, ceux qui se laissent guider par leurs principes, ceux à qui il reste une certaine compassion, bref, ceux qui sont les plus humains sont les premiers à tomber. dans le cas de vladek, il était fort et surtout extrêmement ingénieux. j'ai été franchement impressionné par toutes les ressources qu'il emploie pour s'en tirer. et au bout du compte... sa personalité de vieillard grincheux et intolérant ne m'étonne pas. les tics énervants, par exemple cette manie de ne rien jeter, au cas où ça servirait? son manque de confiance envers les étrangers? il me semble que spiegelman nous montre justement que son père n'aurait pas survécu s'il n'avait pas eu ces défauts, qui sont en fin de compte des qualités en temps de guerre. défauts qui seront bien sûr exacerbés du fait de l'énormité de l'épreuve, qui transformeront l'homme. ce dernier ne pourra plus redevenir le type calme, confiant, affable qu'il était au début. vladek est maintenant devenu nerveux, méfiant et mesquin. bref il n'en est pas sorti indemne. l'espoir, dans la scène effectivement choquante où il émet des opinions racistes à l'encontre d'un auto-stoppeur noir, vient finalement de la nouvelle génération: son fils art et sa fiancée, pour qui le racisme est une aberration. on se dit: au moins, la vieille génération disparaîtra et la suivante fera mieux. ce qui reste bien sûr à prouver :) mais c'est l'impression que m'a laissé cette scène. narrativement, la mort de vladek finit de conclure cette impression.

je me permets d'ajouter mon grain de sel sur une autre question posée: maus est-elle une BD géniale? oui, sur plusieurs points. la narration est très fluide et traite avec dépouillement d'un sujet très difficile. les personnages, bien que tous dessinés quasiment pareils à première vue (les juifs sont des souris, les allemands des chats, les polonais des cochons, etc.) sont toujours bien amenés de sorte que l'on ne se pose jamais la question: "qui est qui?" finalement, l'idée de faire coexister deux histoires, l'une qui est le récit du génocide, et l'autre qui est la relation entre art et son père, est très bien trouvée car elle ajoute une épaisseur bienvenue au récit. finalement, art a reçu une importante qualité de son père et c'est l'ingéniosité! tout n'est donc pas perdu. :)

2. weremouse - 19/09/04 05:58
Si tout le monde dit que "Maus" est génial, ce n'est, à mon avis, pas par simple panurgisme. Pour ma part, si j'ai aimé, c'est parce que Spiegelman est parvenu à traiter ce sujet ô combien délicat et ô combien casse-gueule avec exactement la bonne distance.
Le recours au dessin animalier était THE idée géniale. Il n'aurait pas été possible autrement de raconter la Shoah de manière si "crue", avec autant de détails et avec une telle avalanche d'émotions.
Spiegelmann a réussi le miracle de montrer la Shoah en images. C'est horriblement difficile, tellement ce sujet est tabou : il est à l'origine (avec Hiroshima) du traumatisme fondamental qui a remis tant de choses en cause dans notre culture. L'auteur a trouvé le seul moyen de la mettre en images de manière "publiable", avec une justesse incroyable dans la transmission des sentiments de détresse qui agitent les personnages.
Quant à l'histoire du racisme, je ne vois absolument pas pourquoi cela nous empêcherait de nous "attacher" au personnage du père (mais est-ce vraiment la question ?). Par son oeuvre, Spiegelmnn ne cherche pas seulement à montrer Auschwitz comme un coup du sort ayant frappé son père par le passé ; Auschwitz est LE traumatisme qui a bouleversé l'ensemble de sa famille, l'ensemble de la communauté juive... la fumée inextinguible d'Auschwitz se retrouve comme une trace indélébile dans la personnalité de Art, dans le suicide de sa mère, dans ses relations avec son père, dans les défauts de ce dernier : son racisme, son avarice, son humeur plaintive... Pourquoi vouloir cacher cela ? C'est une formidable preuve de courage que de l'avoir montré.
Enfin, sans vouloir te faire la morale, rejeter quelqu'un en bloc parce qu'il est raciste me semble une réaction bien naïve. Tu connais la blague : "j'aime pas les racistes, c'est pas des gens comme nous !" Sérieusement, c'est faire montre soi-même d'une autre forme d'intolérance, qui ne fait sûrement pas avancer les choses dans le bon sens.
J'ai une amie qui est raciste. Je ne vais pas lui faire la gueule pour ça, je suis trop lié à elle. Simplement, nous en discutons et j'espère petit à petit parvenir à la faire changer d'attitude.

1. ygorre - 19/09/04 02:18
J'ai bien évidement été très touché par l'histoire en générale,mais plus j'avançais dan l'histoire,plus l'attitude du père m'énervais,et puis vers la fin,le couronnement,le père tenant des propos raciste à l'encontre des noirs!Et la, plus moyen de m'attacher à lui,j'ai fini par me dire que s'il y était resté,sa n'aurait pas été une grande perte,et que d'autres aurait bien plus mérité que lui de s'en sortir.

Et la , je me pose la question parce que je vois partout que tout le monde a trouvé sa géniale, et très émouvant,mais personne pour partager mon sentiment.Je sais que c auto-biographique,mais ne trouvez vous pas que Art aurait mieux fait de rendre son père moins "chiant"et d'omettre se discours sur les noires? c'est certes courageux de sa part, mais sa me laisse un goût amère!



 
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