Blake et Mortimer

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320. marcel - 20/09/17 18:47
Le souci, c'est que, Jacobs n'ayant pas d'heritier, et la fondation ayant été liquidee, il n'y avait personne pour se plaindre.

319. froggy - 20/09/17 18:01
Je ne veux pas me montrer plus intelligent qu'un autre mais je savais que Jacobs avait conserve toutes ses planches de B&M, seules lui manquaient celles qui lui furent volees, j'avais eu une discussion a ce sujet avec le proprietaire de Lutece, Michel Denni.

Or, depuis quelques annees, quand je voyais les catalogues des ventes et qu'il y etait presente des planches originales de Jacobs, je me demandais d'ou elles venaient. Personne ne s'est pose la question alors? Ce scandale aurait du eclater il y a plus longtemps que cela car rien n'etait secret, tout le monde savait que les palnches etaient la propriete de la Fondation et que si l'une venait a etre mise sur le marche, cela signifiait qu'elle avait ete volee. De fait, se cacher derriere le secret professionnel pour Daniel Maghen ou reporter la responsiblite sur les autres comme Philippe Bierme, c'est de la foutaise, ils mentent tous et se sont fait un paquet de fric dans tout cela.

C'est bien triste tout cela.

318. bert74 - 20/09/17 17:48
Bah, c'est des histoires belges aussi...
Les mecs savent même pas s'ils ont un pays ou s'ils en ont deux, alors garantir une complétude de patrimoine...

317. marcel - 20/09/17 16:38
Philippe Biermé a fait donation à la Fondation Roi Baudouin des collections exceptionnelles de la Fondation Jacobs. C’est la garantie formelle que ce patrimoine est désormais sanctuarisé. La valeur inestimable de ces œuvres méritait que la Fondation Roi Baudouin prenne le risque d’accepter cette donation, indépendamment de ce qui a pu arriver dans le passé. Notre vocation n’est pas de chercher ce qui manquerait dans les coffres

Dominique Allard, le directeur de la Fondation Roi Baudouin, m'a l'air d'etre un sacre branquignol aussi. C'est vraiment les Pieds Nickeles, cette histoire.

316. marcel - 20/09/17 16:21
voir sa caricature ( me semble t'il) dans l'atelier mastodonte
Je confirme. Je crois que le nom est a peine change.

315. Mr Degryse - 20/09/17 15:06
Je pense que cette affaire est corsée. Maghen est serré de trop prêt. Si il n' a pas des problèmes de digestion après çà.

314. helmut perchu - 20/09/17 14:50
Quoi Maghen ? Qu'est-ce qu'il a Maghen ?

313. Lien Rag - 20/09/17 14:27
Ah oui elle est quand même belle la réponse de DM:
"Vous me parlez de morale et de patrimoine. Je suis marchand d’art."

312. lobabu - 20/09/17 13:58
C'est fou: dès qu'il y a du fric à se faire, c'est le panier de crabe!

311. Mr Degryse - 20/09/17 11:09
voir sa caricature ( me semble t'il) dans l'atelier mastodonte

310. bert74 - 20/09/17 10:02 - (en réponse à : Vic)
Vous êtes quand même des salauds! Qui peut douter de l'honorabilité et de l'honnêteté de Daniel Maghen?

Je suis bien d'accord avec toi, il n'y a aucun signe tangible qui puisse remettre en cause son implication purement désintéressé par amour éperdu de la BD et de sa diffusion populaire ...


309. Victor Hugo - 20/09/17 01:16
«Blake et Mortimer» victimes du casse du siècle
Mis en ligne le 16/09/2017 à 06:00
Par Daniel Couvreur

Qui a joué avec les clés des coffres de la Fondation Jacobs ? Nous avons mené l’enquête pendant plusieurs mois pour comprendre comment plus de 200 originaux de Blake et Mortimer se sont évaporés.


Jacobs jouait ses propres personnages avant de les dessiner. Hélas, quand les vrais voleurs ont vidé sa maison, ses héros de papier sont restés impuissants. © Jacques Labeye.

Avec Hergé, Jacobs est l’autre monstre sacré de l’école de Bruxelles. Ensemble, ils ont écrit l’histoire du journal Tintin . Leurs héros, Tintin, Milou, Blake et Mortimer sont entrés dans la légende du 9e Art. Mais si l’héritage d’Hergé est jalousement préservé dans le Musée qui porte son nom, celui de Jacobs fait l’objet depuis plusieurs années d’un véritable hold-up sur le marché de l’art.

La Fondation Jacobs, créée par l’auteur de son vivant, en 1983, et mise en liquidation judiciaire à la demande de son président actuel, Philippe Biermé, en 2016, ne contrôle plus la situation. Cet été, les clés de ses coffres ont été confiées à la garde de la Fondation Roi Baudouin. Entre-temps, une nouvelle Fondation Edgar Jacobs a été constituée avec Moulinsart pour assurer la gestion du droit moral sur l’œuvre de Jacobs. Par un invraisemblable pied-de-nez de l’histoire, Tintin vole ainsi au secours de Blake et Mortimer !

Mais entre-temps, des dessins, des croquis, des calques et des planches originales circulent par centaines. Ces pièces de musée, négociées entre 70 et parfois plus de 200.000 euros, font l’orgueil de collectionneurs privés de Bruxelles à Hong Kong. Des faux foisonnent aussi sur les sites d’enchères, sans que personne ne soit inquiété.

Blake et Mortimer ont-ils été trahis ? Quel rôle opaque jouent les galeristes et les experts dans la fuite des originaux ? Les collectionneurs ont-ils le droit de posséder et d’exposer ces trésors ? Nous avons passé le testament et les archives de Jacobs à la loupe, rencontré les anciens administrateurs de sa Fondation, interrogé les collectionneurs, questionné les marchands d’art.

Jacobs avait fait encadrer ce dessin rare dans sa maison du Bois des Pauvres. Il faisait partie des pièces de musée léguées à sa Fondation et figure pourtant aujourd’hui dans une collection privée.

Par testament, le créateur de Blake et Mortimer avait confié la garde de ses originaux à une Fondation portant son nom afin, « d’éviter la dispersion anarchique de son œuvre ou la mainmise sur celle-ci par certains affairistes de la bande dessinée ». Il avait fait don à sa Fondation de tous ses « originaux, dessins tableaux, quels qu’ils soient », jusque et y compris ceux qui ne « se trouveraient pas encore en lieu sûr dans le coffre ».

Nous avons retrouvé le premier secrétaire de la Fondation, l’assureur, ami et confident de Jacobs, Jacques Labeye. C’est lui qui avait accompagné l’auteur à la banque pour y déposer l’ensemble des planches originales en 1986. Aujourd’hui, il témoigne : « Jacobs savait parfaitement tout ce qu’il avait et ce qu’il n’avait plus car il disposait, à la maison, d’une photocopieuse professionnelle avec laquelle il faisait des copies systématiques de tous les documents. Ses originaux étaient classés par album dans de grandes fardes. Il les a mises au coffre, avec moi. On a déménagé ça dans ma voiture, parce que Jacobs n’avait qu’une petite Golf. Je peux vous assurer que toutes les planches originales ont bien été rangées dans le grand coffre ouvert au nom de la Fondation à ce qui était encore la BBL, avenue Marnix. Heureux, Jacobs s’était habillé en complet veston sur mesure. Il venait enfin, pensait-il, d’atteindre son but : mettre ses originaux à l’abri. »

« Il conservait absolument tout »

Jacques Burgraeve, vice-président de la Fondation Jacobs entre 1989 et 1999, a aussi eu accès au coffre. Comme Jacques Labeye, il nous certifie que la quasi-totalité de l’œuvre s’y trouvait.

« Le président comme le vice-président pouvaient se rendre seuls au coffre. Les autres administrateurs devaient être accompagnés. Je m’y suis rendu avec Charles Dierick pour les expositions montées au Centre belge de la BD. J’ai vu les fardes d’originaux des albums. Elles étaient complètes. Il manquait tout au plus, ici ou là, une ou deux planches. Quand on parle de 200 planches dans la nature pour une œuvre qui en compte environ 670, cela me semble invraisemblable. Ou alors, celui qui a fait ça s’est montré incroyablement imprudent. On ne peut pas laisser croire que des dizaines de planches se seraient retrouvées sur le marché après avoir été égarées. Il n’y a eu qu’un très petit nombre d’expositions d’originaux et je certifie que tout était revenu à la Fondation. »

Depuis sa retraite des Loges-en-Josas, sur la route de S.O.S. Métérores, au sud de Paris, Pierre Lebedel, administrateur de la Fondation Jacobs depuis sa création et auteur du Manuscrit E.P. Jacobs, ne nous cache pas son effroi. Il en appelle à la justice pour faire la lumière sur ce « détournement d’actifs ».

« J’ai rencontré Jacobs au cours d’une enquête sur “le petit monde de la BD franco-belge”, au début des années 1970. Plus tard, nous avons fait ses mémoires de L’Opéra de papier ensemble. Il y avait 500 documents reproduits dans ce livre. J’ai passé huit jours avec lui à examiner les originaux de tous ses albums. Il ne manquait pas une planche ou presque. Il conservait tout, jusqu’aux dessins de ses cahiers d’école ! Il ne donnait d’originaux à personne. Après sa mort, en 1987, sa maison a été pillée, notamment par son beau-fils, René Quittelier, et le demi-frère de Philippe Biermé, l’escroc Guy Imperiali. Ses livres, sa correspondance, des croquis, des esquisses ont disparu. Heureusement, les planches, déposées au coffre, n’étaient plus dans la maison. Il est donc faux de croire que celles qui inondent le marché de l’art pourraient avoir été volées à ce moment-là. »

En 1989, deux ans après la mort de Jacobs, Philippe Biermé est devenu président de la Fondation. La majorité des administrateurs a voté pour lui, sauf Piere Lebedel. Il estimait que Biermé était en conflit d’intérêts avec la Fondation car il était propriétaire du Studio Jacobs et donc des droits sur les personnages de Blake et Mortimer, en même temps qu’actionnaire des Editions Blake et Mortimer avec Claude Lefrancq. C’était déjà, pensait Pierre Lebedel, une amorce de « trahison »…

« Il prétendait défendre le droit moral sur l’œuvre de Jacobs avec la Fondation, alors qu’il se faisait des couilles en or avec la publication du tome 2 des 3 Formules du professeur Sato, dessiné par Bob De Moor. Ensuite, il a revendu les Editions Blake et Mortimer, puis le Studio Jacobs à Média-Participations. La transaction s’est élevée à près de 1,6 million d’euros. J’ai réclamé sa démission, en vain. Il est resté à la tête de la Fondation pendant 28 ans, avant de la liquider. C’est lui qui porte la responsabilité du pillage de l’œuvre. »

« Hong Kong ? Ne publiez rien là-dessus ! »
Aujourd’hui, Pierre Lebedel rappelle que la Fondation Jacobs était d’utilité publique et que c’est aussi la Belgique qui a été spoliée d’une part importante de son patrimoine. Il a décidé, avec un autre ancien administrateur, Charles Dierick, et Claude de Saint-Vincent, patron du Studio Jacobs et directeur général de Média-Participations, de « faire rendre gorge à Philippe Biermé devant la justice ».

En 1982, le guide des Trésors de la bande dessinée écrivait : « N’espérez pas être un jour propriétaire de ne serait-ce qu’un dessin de Jacobs, car il possède toute son œuvre, à l’exception de sept planches volées ». La liste en avait été remise aux administrateurs de la Fondation et publiée dans la presse. Comment expliquer dès lors la soudaine abondance des originaux de Jacobs sur le marché ? Auteur de Petites histoires originales, un voyage parmi les planches originales de la bande dessinée, et fondateur de la Maison de la Bande Dessinée de Bruxelles, François Deneyer nous éclaire sur ce scandale.

Homme de confiance de Jacobs, Philippe Biermé est devenu président de sa Fondation après le décès de l’artiste, en 1989. Il en sera aussi le liquidateur.

« Il n’y a tout simplement jamais eu de véritable inventaire de l’œuvre. En 1989, Philippe Biermé expliquait dans une interview aux Cahiers de la BD, que son objectif était de “photographier chacune des pièces conservées dans les coffres” mais rien n’a été répertorié. Les premières planches ont commencé à circuler vers 2004-2005. A Bruxelles, Alain Van Neyghen de 9th Art Gallery proposait deux ou trois planches. Il était en connexion avec l’expert BD d’Artcurial, Eric Leroy. Le grand collectionneur belge, André Querton en a acheté une. Un employé des éditions du Lombard s’en est payé une autre, du Mystère de la Grande Pyramide, pour 100.000 euros. Six mois plus tard, Van Neyghen est revenu avec deux planches de La Marque jaune . Eric Leroy laissait entendre qu’il pouvait obtenir une planche de n’importe quel album. Il devenait clair que les portes des coffres étaient ouvertes. »

Selon des témoignages convergents, Eric Leroy aurait notamment vendu plusieurs dizaines des plus belles planches de la série Blake et Mortimer à Raphaël Geismar, un collectionneur français de Hong Kong. Geismar a publié les joyaux de sa collection sur le site 2DGallery, sous le pseudonyme d’El Cascador. Elles n’y sont restées que quelques heures mais cela a suffi pour susciter l’émoi sur le marché de l’art. « Hong Kong ? Je vous recommande de ne rien publier là-dessus, nous répond Eric Leroy. Cela relève de la vie privée des collectionneurs. Je ne vous dirai rien de plus à ce sujet. »
Sous le couvert de l’anonymat, un proche d’Eric Leroy nous confirme cependant que « Geismar possède bien les plus belles planches de Jacobs et qu’il les a obtenues via Eric Leroy ». Il refuse de nous en révéler la provenance mais nous glisse en boutade : « Maintenant que la Fondation Roi Baudouin a les clés des coffres de Jacobs, je suis curieux de voir ce qu’il reste vraiment dedans ! »

« Ce collectionneur de Hong Kong possède des dizaines de planches et plusieurs couvertures mythiques, dont celles du Secret de l’Espadon !, corrobore François Deneyer. Plus tard, le galeriste parisien Daniel Maghen a aussi vendu des planches. J’en ai vu 50 et une dizaine de couvertures du journal Tintin chez lui, ainsi que des calques de la Pyramide et de La Marque jaune. A mes yeux, ce qui était là ne pouvait provenir de la Fondation. Maghen m’a répondu qu’il avait des factures d’achat en règle et que ses avocats l’avaient assuré de son bon droit. »

« J’ai vendu des planches de Jacobs tout à fait officiellement avec des factures, nous indique Daniel Maghen, Pour ce qui concerne ceux qui me les ont vendues ou achetées, il est de mon devoir de préserver la confidentialité à ce sujet. Je dois protéger les intérêts de mon business. »

Faire l’inventaire des coffres
Alors que reste-t-il vraiment dans les coffres, trente ans après la mort de Jacobs ? Nous sommes allés poser la question à celui qui en possède désormais les clés, Dominique Allard, directeur de la Fondation Roi Baudouin.

« Philippe Biermé a fait donation à la Fondation Roi Baudouin des collections exceptionnelles de la Fondation Jacobs. C’est la garantie formelle que ce patrimoine est désormais sanctuarisé. La valeur inestimable de ces œuvres méritait que la Fondation Roi Baudouin prenne le risque d’accepter cette donation, indépendamment de ce qui a pu arriver dans le passé. Notre vocation n’est pas de chercher ce qui manquerait dans les coffres ».


Jacobs avait lui même déposé les fardes contenant les originaux de l’ensemble des aventures de Blake et Mortimer au coffre de sa Fondation en 1986.

A ce stade, tout ce dont le directeur dispose, c’est d’un document de Philippe Biermé concernant certaines pièces volées ou disparues : « Cette liste est non exhaustive. A la grosse louche, j’évalue le nombre de planches originales présentes dans les coffres à 470 environ. Mais après inventaire, nous découvrirons peut-être que ce chiffre est plus élevé. De toute manière, nous ne sommes en rien concernés par la valeur financière de l’œuvre. En passant dans notre giron, elle est devenue inaliénable et se retrouve d’un seul coup démonétisée. Nous communiquerons sur le contenu après inventaire officiel mais il sera probablement impossible, en droit, de prouver précisément que telle planche était bien au coffre à telle date. »

Philippe Biermé: «Nick Rodwell mettra autant d’énergie à défendre le patrimoine de Jacobs que celui d’Hergé»
Mis en ligne le 16/09/2017 à 06:00


Edgar P. Jacobs et Philippe Biermé ont été très complices dans le travail. Le créateur de Blake et Mortimer le considérait comme son fils spirituel. © Jacques Labeye.

Philippe Biermé est montré du doigt comme le principal responsable de la dispersion du patrimoine du père de Blake et Mortimer. Cet ami de Jacobs, tour à tour président et liquidateur de la Fondation, nous a accordé une longue interview dans laquelle il refuse d’entrer dans le costume machiavélique d’Olrik : « Je travaillais aux Editions du Lombard quand j’ai rencontré Jacobs, en 1966, au banquet de l’anniversaire des 20 ans du journal Tintin. A l’instant où l’auteur de Blake et Mortimer est arrivé, je ne l’avais encore jamais vu. Il m’a dit : “Si je devais vous dessiner, vous seriez un apôtre !” Jacobs n’avait pas eu d’enfants. Je me suis senti comme un fils. Je suis devenu son conseiller technique. Une fois par semaine, je me rendais chez lui. Nous sommes devenus amis. A la suggestion de son notaire, Jacobs réfléchissait à la création d’une Fondation. Comme j’étais devenu son bras droit, nous avons fait ça ensemble. »

Mieux que quiconque, Philippe Biermé devait donc savoir ce qui figurait dans les collections de la Fondation et être en mesure de nous désigner parmi les pièces mises en vente aujourd’hui, celles qui auraient été volées. Selon lui, le chiffre de 200 planches sur le marché n’aurait rien de surprenant mais personne ne pourra jamais, dit-il, faire toute la clarté là-dessus.

« Jacobs n’a pas fait d’inventaire. Il a dressé une liste de ce qu’il n’avait pas déposé au coffre. Ce document atteste de la présence dans sa maison de seize planches de Blake et Mortimer. Elles ont disparu dans le pillage de son domicile, après son décès, pendant que j’étais en Egypte. Il faut y ajouter une autre liste, celle des originaux perdus ou dérobés : 5 planches de la Pyramide, de l’Atlantide, du Piège, de Sato, les couvertures de l’Atlantide et de S.O.S. Météores. Il y avait aussi cinq coloriages, deux planches offertes à la Ville de Liège et douze planches qu’il m’avait données. J’en ai cédé trois à un ami pour 30.000 euros avec interdiction de les revendre ! Le reste devait être au coffre. Mais c’est plus compliqué que ça car il y avait déjà de faux originaux dans les collections de Jacobs et d’autres pièces manquantes auxquelles il faisait allusion dans son testament… »

Le fautif, dans l’esprit de Philippe Biermé, c’est le notaire : « Il aurait dû faire un inventaire explicite. En 2010, le comptable de la Fondation a constaté que personne n’avait jamais déclaré les actifs de la Fondation. Si on avait fait l’inventaire à ce moment-là, il aurait fallu tout déclarer à la valeur du marché et trouver un million d’euros pour les droits d’enregistrement ! »

Mais si la Fondation n’avait pas les originaux dans ses actifs, comment Philippe Biermé a-t-il pu faire une donation à la Fondation Roi Baudouin ? La réponse est simple : trente ans ont passé. « Jacobs est mort le 20 février 1987, nous étions donc au-delà du délai de prescription. Les actifs ont pu entrer officiellement dans le giron de la Fondation. En cas d’inventaire du contenu des coffres, on risquait cependant d’être taxés pour apport de société. Afin d’éviter d’avoir à payer ça, j’ai pensé à une donation à la Fondation Roi Baudouin. »

Reste qu’en sa qualité de président, Philippe Biermé a bénéficié sans discontinuer d’un accès privilégié aux coffres depuis 1989. Il pouvait s’y rendre seul et en dehors de tout contrôle. C’est la raison pour laquelle tous les regards se sont tournés vers lui, quand des originaux sont apparus massivement chez les galeristes.

« D’accord, des planches ont disparu ici et là mais comme aucune ne figurait ni juridiquement ni fiscalement dans l’actif de la Fondation, j’aurais pu les prendre toutes si j’en avais eu l’intention ! Le seul échec que j’admets, c’est celui du dysfonctionnement de la Fondation. La faute en incombe à certains administrateurs comme Pierre Lebedel et Charles Dierick, qui ont mis le bordel. A propos, quand Charles Dierick a été au coffre avec Jacques Burgraeve, en 1997, pour monter l’expo du Centre belge de la BD, je n’étais pas là. Il aurait dû dresser la liste précise des planches prêtées et la signer. Ça n’a pas été fait. Et quand Charles Dierick et Pierre Lebedel ont été aux coffres dans le cadre de la réalisation d’un livre publié par Dexia, Le Manuscrit E.P. Jacobs. Ils avaient l’autorisation d’emprunter 13 originaux. J’en ai vu 78 reproduits dans leur livre ! Mais je n’accuse personne. Je cite ces exemples pour montrer que c’est trop facile de dire que j’aurais été le seul à pouvoir sortir des pièces des coffres. »

Chacun s’interroge enfin sur les raisons qui ont poussé Philippe Biermé à liquider la Fondation pour en créer une autre avec Nick Rodwell de Moulinsart. Il déclare vouloir « professionnaliser » le conseil d’administration. « Les administrateurs ne seront plus nommés à vie. Les statuts sont déposés et n’attendent plus que le sceau royal. Nick Rodwell mettra autant d’énergie à défendre le patrimoine de Jacobs que celui d’Hergé. Il a déjà l’idée de créer une salle à Jacobs au Musée Hergé et de monter une exposition Hergé-Jacobs au Grand Palais de Paris en 2018. Quand Claude de Saint-Vincent s’indigne de le voir entrer dans la nouvelle Fondation et parle de hold-up sur l’héritage, il a tout faux. Jacobs lui-même disait : « Ça ne me dérange pas d’être colonel quand Hergé est le général. »

Claude de Saint-Vincent n’a pas de doute sur l’escroquerie
Mis en ligne le 16/09/2017 à 06:00
Par Daniel Couvreur

A travers le Studio Jacobs, créé par Jacobs en 1986 et racheté par Média Participations en 1992, Claude de Saint-Vincent entend incarner le dernier gardien du temple. Au départ, Jacobs avait imaginé trois entités pour assurer le contrôle et la pérennité de son œuvre. Outre la Fondation qui portait son nom, il y avait les Editions Blake et Mortimer, chargées de la publication de ses albums, et le Studio Jacobs, gestionnaire des droits patrimoniaux sur son œuvre et responsable du financement en même temps que du « contrôle » de sa Fondation. C’est ce rôle que Claude de Saint-Vincent revendique dans le recours devant la justice belge contre la mise en liquidation de la Fondation par Philippe Biermé.

« Philippe Biermé n’a eu de cesse de nous diaboliser au sein de la Fondation. Il s’est arrangé pour que le nombre des administrateurs tombe sous le quorum nécessaire. Ça lui a permis de demander la liquidation judiciaire sans passer par un vote. Dans l’intervalle, on a constaté, à partir de 2015, une grande évasion de planches originales des aventures de Blake et Mortimer. Nous avons été alertés par des collectionneurs auxquels Daniel Maghen avait montré un lot d’une centaine de planches mais la Fondation n’existait plus. A qui fallait-il demander des comptes ? Nous avons esté en justice. »

Claude de Saint-Vincent a aussi écrit aux galeristes impliqués dans la revente des planches. « Nous leur avons rappelé que ces planches avaient été attribuées à la Fondation Jacobs de manière intangible par le testament de l’auteur. Nous n’avons pas reçu de réponse de Daniel Maghen mais, curieusement, Philippe Biermé nous a envoyé une lettre incendiaire. Cela laisse supposer qu’ils étaient bien en contact. Biermé nous précisait que les planches ne figuraient pas dans les actifs de la Fondation. Il réfutait notre droit à contester ces ventes. Nous savons qu’environ 200 planches ont disparu. Contrairement à ce que prétend Philippe Biermé, il n’y a pour moi aucun doute sur la propriété des originaux. S’ils ne faisaient pas partie des actifs de la Fondation, c’était pour des raisons fiscales. Cela permettait d’éviter le paiement de droits de succession colossaux. Et donc je renverse la question : à qui pourraient-elles appartenir d’autre qu’à la Fondation Jacobs, qui était titulaire des coffres dans lesquels elles étaient conservées ? Pour moi, il n’y a pas de doute sur la malveillance et l’escroquerie. C’est pourquoi nous contestons la validité de la mission de liquidation confiée à Philippe Biermé. »

Sans attendre le verdict de la justice, Claude de Saint-Vincent conserve l’objectif de mettre en œuvre une nouvelle Fondation Jacobs, dont le conseil d’administration serait incontestable et débarrassé de Philippe Biermé. La gouvernance en serait assumée par les Editions Blake et Mortimer, le Studio Jacobs, le Centre belge de la BD, la Fondation Roi Baudouin, le Musée d’Art moderne, d’anciens administrateurs de la Fondation Jacobs au-dessus de tout soupçon, des personnalités du monde de l’art et de la critique. Mais en sa qualité de liquidateur de la Fondation Jacobs, Philippe Biermé nous a révélé avoir déjà créé une nouvelle Fondation Edgar Jacobs avec Moulinsart.

« Nous voulons défendre l’intérêt de l’œuvre et la mémoire de l’auteur, rien d’autre, souligne Claude de Saint-Vincent. Chacun des nouveaux albums de Blake et Mortimer que nous avons publié après la mort de Jacobs a contribué à renforcer sa notoriété et à financer sa Fondation. Conformément au testament de Jacobs, le Studio reverse une partie des royalties sur les albums au fonctionnement de la Fondation. Si Biermé précipite les choses, c’est parce qu’il craint de nous voir mettre le nez dans les coffres. Nous voulons savoir ce qu’il est advenu des planches. Et cela nous semble saugrenu de voir tout à coup, un représentant officiel du monde de Tintin associé à l’univers de Blake et Mortimer. Moulinsart est mal placé pour s’ériger en défenseur d’un patrimoine qui n’est pas le sien. Hergé et Jacobs ont été amis mais surtout concurrents. La promotion de l’œuvre de Jacobs est incompatible avec celle d’Hergé. »

La donation de ce qui reste du contenu des coffres à la Fondation Roi Baudouin, ne suffit pas non plus à rassurer Claude de Saint-Vincent. « Cela ne résout en rien les questions sur la gestion des originaux, à savoir : qui décidera des prêts, des autorisations de reproduction ou de consultations à des fins de recherche ? La Fondation Roi Baudouin n’est pas dans ce rôle. Cette mission ne peut être assumée que par une nouvelle Fondation Jacobs avec un conseil d’administration indépendant, solide, compétent et transparent. »

308. Victor Hugo - 19/09/17 19:39
Vous êtes quand même des salauds! Qui peut douter de l'honorabilité et de l'honnêteté de Daniel Maghen?

307. bert74 - 19/09/17 19:18
Le fisc belge probablement lésé mis à part (j'ose espéré qu'il saura s'y retrouver par ailleurs), il n'y a pas d'autre escroquerie que morale, car j'ai compris que la fondation créée par Jacobs de 1) n'a jamais été officiellement récipiendaire des planches de l'artiste et de 2) n'existe plus (liquidée par le fameux Philippe "homme de confiance" Biermé). Donc pas de victime hormis les amateurs qui voient se privatiser des oeuvres que l'auteur souhaitait mettre à la disposition de tous.

Mais, même si ce n'est pas le cas sur le plan légal, cela prends quand même du reste toute les caractéristiques d'un vol organisé par un quarteron d'individus à l'éthique plus que douteuse : le fondé de pouvoir-voleur, les galeristes-trafiquants, les acheteurs-receleurs.
Qu'il se cachent tous derrière des belles déclarations du type "j'avais le droit", "j'ai fait mon métier" ou encore "j'ai payé sur facture" ne rend leur ignobilité que plus crasse...

Tout est relatif bien entendu, mais des fois ça donne quand même envie de ramasser les points Goodwin à la pelle.

306. marcel - 19/09/17 18:10
Daniel Maghen a l'air d'être un vrai filou. Vendre des objets volés, ca s'appelle du recel. Et c'est pas parce qu'on a des factures que c'est légal.
Ca peut etre pire que ca. De ce que j'en lis, si c'est le type de la fondation qui a sorti les œuvres pour les remplacer (ou pas) par des fac-simile, y a carrément association de malfaiteurs.
Sérieusement, y a quelqu'un du serail qui n'était pas au courant que Jacobs avait donne tous ses originaux a sa fondation ?... Meme si on t'assure que la provenance est autre, tu te mefies... Ou t'es un escroc et tu t'en fous, tu vends. Si possible discrètement.

305. marcel - 19/09/17 17:29
Merci Victor.

304. Victor Hugo - 19/09/17 17:07
« Blake et Mortimer » : le jackpot des marchands d’art
MIS EN LIGNE LE 17/09/2017 À 17:46 PAR DANIEL COUVREUR

Qui a mis Jacobs aux enchères ? Eric Leroy et Daniel Maghen, les deux grands experts parisiens de la BD, ont été les principaux marchands des planches de Blake et Mortimer.

Gaëtan Laloy préside la Chambre belge des experts en bande dessinée. Il connaît ses classiques, à commencer par Hergé et Jacobs, les maîtres du journal Tintin . Gaëtan Laloy appartient au cercle étroit des experts entre les mains desquels voyagent les plus précieux trésors du 9e Art. Dans le cadre de notre enquête sur la dispersion de l’œuvre de Jacobs, il a accepté de témoigner d’une scène interdite. Alors que chacun pensait les planches de Blake et Mortimer enfermées à double tour dans les coffres d’une banque de l’avenue Marnix, à l’abri de la Fondation Jacobs, voilà que des dizaines de pièces de musée se retrouvaient dans la chambre d’un hôtel bruxellois !

« J’ai eu en main, il y a un peu plus d’un an, près d’une centaine d’originaux de Blake et Mortimer , nous dit-il. Ces joyaux avaient été rassemblés par le galeriste Daniel Maghen. La personne qui les lui avait fournis ne pouvait les avoir trouvés que dans les coffres de la Fondation et les avoir revendus en bloc contre un gros chèque. La valeur marchande avoisinait les 2,4 millions d’euros. Ces planches se négocient aujourd’hui entre 75 et 150.000 euros pièce. Il y avait là des originaux du Secret de l’Espadon, du Mystère de la Grande Pyramide, de S.O.S. Météores, de L’Affaire du collier, du premier tome des 3 Formules du professeur Sato, une ou deux planches de L’Enigme de l’Atlantide aussi… Je ne jette en rien la pierre à Daniel Maghen. Il est galeriste. Lui, il a fait son boulot, contrairement au président de la Fondation Jacobs, Philippe Biermé ! Quand on sait la phobie qu’avait l’auteur de voir disperser ses originaux, c’est consternant. »

Toujours selon Gaëtan Laloy, avant Daniel Maghen, l’expert parisien d’Artcurial, Eric Leroy, avait négocié des dizaines d’autres originaux : « Il revendait les pièces à des collectionneurs de son réseau, en dehors du circuit des salles de vente publique. Au niveau de la qualité, Eric Leroy a eu le premier choix. Daniel Maghen est passé après. Mais dans un cas comme dans l’autre, ces planches ne pouvaient pas venir d’ailleurs que des coffres de la Fondation Jacobs ! Tous les marchands belges savent qu’il ne pouvait y avoir plus de trente planches perdues ou volées en circulation. »

Un galeriste bruxellois important sur la place mais qui préfère rester anonyme nous dit la même chose : « Personne à Paris ne s’est soucié de la provenance des planches ni des crayonnés, des croquis, des esquisses, des calques… dont on a également vu des piles sous le manteau. La moins chère de ces pièces se vendait 8 à 10.000 euros. Le marché de l’art autour de l’œuvre de Jacobs est devenu malsain. » Un de ses concurrents du Sablon partage le constat : « Je me suis demandé ce que je ferais si j’avais la possibilité d’acquérir cent planches d’un coup. J’ai consulté mon avocat. Il m’a dit que c’était de la dynamite, qu’il ne fallait pas toucher à ça, que ça péterait un jour. J’ai rencontré le plus important collectionneur au monde de l’œuvre de Jacobs, Raphaël Geismar, un Français de Hong Kong. Il m’a acheté une planche de Franquin et m’a confié, à propos des originaux de Blake et Mortimer, qu’il n’y avait désormais plus rien d’intéressant à aller chercher. Il était passé avant tout le monde et il a eu absolument tout ce qu’il voulait… »

En Belgique, l’expert de Banque dessinée, Thierry Goossens, a été l’un des tout premiers à vendre des originaux de Jacobs, dès les années 1990. Il connaît parfaitement l’œuvre et le marché. Il ne cache pas son dégoût pour ce qui se passe : « J’ai pu acheter des crayonnés, des calques, des esquisses, des études, quelques dessins épars de L’Opéra de papier, l’autobiographie de Jacobs, mais je n’avais jamais vu la moindre planche originale chez qui que ce soit. On trouvait parfois des cases coupées des albums du Mystère de la Grande Pyramide ou de La Marque jaune, des calques de L’Enigme de l’Atlantide. Certains de ces documents provenaient des cartons dérobés par Guy Imperiali, le demi-frère de Philippe Biermé, à la mort de Jacobs. Imperiali n’a cependant jamais eu, à ma connaissance, de planches originales. Et puis tout a changé dans les années 2000. Certains ont eu accès à des pièces que personne n’avait vues jusque-là. Un collectionneur étranger s’est payé des dizaines de planches, trois ou quatre couvertures des aventures de Blake et Mortimer, dont celles du Secret de l’Espadon et du Mystère de la Grande Pyramide. On est entré dans le règne de l’argent facile. »

Eric Leroy ne nous fera aucun commentaire sur celui ou ceux qui lui ont vendu du Jacobs. Comme Daniel Maghen, l’expert d’Artcurial se retranche, et c’est son droit, derrière le secret professionnel. « Des planches originales de Jacobs, on en trouve chez la plupart des grands collectionneurs européens de bande dessinée , nous dit-il. Mais je ne suis pas du tout le meilleur interlocuteur. Christie’s et certains de mes concurrents surtout, en ont vendu beaucoup plus. La valeur d’un Jacobs tourne aujourd’hui entre 60 et 120.000 euros. Mais si leur nombre sur le marché devait être aussi important que vous le dites, la cote pourrait en pâtir… »

« Je ne suis pas surpris de la réponse d’Eric Leroy , nous explique François Deneyer, familier de l’univers des marchands et des galeristes de BD, fondateur du Musée Jijé et de la Maison de la Bande dessinée. Il a donné partout instruction à ceux qui lui ont acheté du Jacobs de ne rien montrer. Un jour, j’ai été chargé par un grand collectionneur belge d’acheter la fameuse planche 8 de La Marque jaune, remise en vente chez Christie’s par celui qui l’avait acquise auprès d’Eric Leroy. Cette personne m’a confié qu’elle s’était fait réprimander par Leroy pour avoir mis la planche en vente publique. S’il veut que les ventes restent discrètes, c’est justement pour éviter que trop de planches ne passent en ventes publiques, car alors plus personne ne suit et les valeurs chutent. Hélas ! tout cela ne va pas dans le sens d’une clarification du marché. »

Qu’est-ce que Jacobs aurait pensé de ces prédateurs ? En 1983, l’auteur scandalisé écrivait à son ami Jacques Laudy qu’une planche des 3 Formules du professeur Sato , qui lui avait été subtilisée quelques années plus tôt, était « offerte à Paris au prix de 16.000 francs français » (2.400 euros). Une somme qu’il jugeait tout simplement indécente.

By Jove! (Série 2/4)

En 1983, l’auteur belge Edgar P. Jacobs a été le premier auteur de bande dessinée au monde à créer, de son vivant, une Fondation d’utilité publique pour s’assurer de la pérennité de son œuvre. Il avait pris cette décision après le refus du principe d’une donation par le ministère des Finances. La Bibliothèque royale lui avait aussi fermé la porte, faute de place… En ce temps-là, les originaux de bande dessinée n’avaient pas la cote. La Chambre belge des œuvres d’art estimait la valeur moyenne d’une planche des aventures de Blake et Mortimer à 125 euros. Vingt-huit ans plus tard, en mars 2015, la planche nº 8 de « La Marque jaune » s’est envolée chez Christie’s pour 205.500 euros. Pourquoi était-elle mise aux enchères plutôt que d’être à l’abri dans les coffres de la Fondation Jacobs ? Mystère…

Pour assurer sa postérité, Jacobs avait mis en œuvre un plan visionnaire. Les Editions Blake et Mortimer se chargeraient de poursuivre l’édition de ses albums. Et le Studio Jacobs, propriétaire des droits d’exploitation de ses héros, financerait la Fondation, gardienne de l’ensemble de ses originaux. Mais rien ne s’est passé comme prévu…

En 1992, celui qu’il considérait comme son fils spirituel et le principal défenseur de sa mémoire, Philippe Biermé, a revendu les Editions Blake et Mortimer, puis le Studio Jacobs à Dargaud, filiale du groupe Média-Participations. Le conseil d’administration de sa Fondation s’est déchiré entre « pro » et « anti »-Biermé.

En 2014, las « des attaques gratuites et des guerres sans raison », Philippe Biermé a pris contact avec Moulinsart pour « donner un nouvel avenir » à la Fondation Jacobs. Philippe Biermé a demandé la mise en liquidation judiciaire de la Fondation Jacobs et, en 2016, le tribunal de première instance de Bruxelles l’a désigné comme liquidateur.

Deux anciens administrateurs de la Fondation, Pierre Lebedel et Charles Dierick, soutenus par Claude de Saint-Vincent, le directeur du Studio Jacobs et de Média-Participations contestent la liquidation. Mais sans attendre l’issue judiciaire, Philippe Biermé a fait donation des originaux de la Fondation Jacobs à la Fondation Roi Baudouin. Et pour ne pas abandonner le contrôle du droit moral, il a mis sur pied avec Moulinsart, gestionnaire des droits sur l’œuvre d’Hergé, une nouvelle Fondation Edgar Jacobs.



La passion de Mortimer… et des Rolls Royce
PAR DA.CV.
L’image fait jaser. Dans le milieu de la BD, de nombreuses personnes ont vu Philippe Biermé au volant d’une Rolls. Le président de la Fondation Jacobs a la passion des belles anglaises et réfute les amalgames.

Philippe Biermé avec sa Rolls Royce Silver Wing 1952.
« Sur les bancs de l’école, je rêvais de posséder deux voitures : une 2 CV pour son allure sympa et une Rolls pour sa perfection. J’ai d’abord roulé en 2 CV pendant dix-sept ans et demi. Ensuite quand j’ai eu l’argent pour le faire, je me suis payé une Rolls. Les premières que j’ai acquises, au début des années 1990, étaient une Corniche neuve et une Silver Wing 1952. En ce temps-là, le fisc taxait encore les Belges sur leurs signes extérieurs de richesse. On m’a réclamé 33 millions de francs parce que je roulais en Rolls Royce. Mon comptable a prouvé que grâce à la vente de mes parts du Studio Jacobs et des Editions Blake et Mortimer, je possédais assez de millions pour me payer une Rolls. A l’époque, si on avait cent millions sur son livret, les intérêts étaient de 10 % : assez pour se payer une Rolls ! L’affaire a été classée mais l’image est restée, d’autant que j’ai continué à rouler en Rolls Corniche et en Bentley S3. »



Philippe Biermé: «Les originaux que j’ai vendus m’ont été donnés par Jacobs»
MIS EN LIGNE LE 17/09/2017 À 17:42 PAR DANIEL COUVREUR

Philippe Biermé répond point par point aux critiques dont il est objet depuis la mise en liquidation de la Fondation Jacobs. Dans l’entretien exclusif qu’il nous a accordé, il veut dissiper le flou et les soupçons qui entourent les ventes massives des originaux de Blake et Mortimer sur le marché de l’art.

Philippe Biermé en réunion de travail avec Jacobs et Claude Lefrancq
pour les Editions Blake et Mortimer. © Jacques Labeye.Philippe Biermé en réunion de travail avec Jacobs et Claude Lefrancq pour les Editions Blake et Mortimer. © Jacques Labeye.

Le galeriste Daniel Maghen a proposé une centaine d’originaux de Jacobs à la vente. Le dessinateur François Schuiten en a vu une trentaine à lui seul. On parle d’un chèque de 2,4 millions d’euros pour l’acquisition de ces pièces de musée. Info ou intox ?

Daniel Maghen a voulu m’acheter une dizaine de planches originales mais j’ai refusé. En bonus, il offrait de réaliser un ouvrage d’art sur Jacobs avec la Fondation. L’affaire est restée sans suite. Par conséquent, le chèque de 2,4 millions d’euros dont on parle, je ne l’ai jamais vu. D’ailleurs, je n’aime pas les chèques. Je les ai toujours refusés. Il y a trop de frais bancaires là-dessus ! Cette fausse information a probablement été répandue par un espion de Média-Participations qui travaillait chez Maghen naguère. Mais je ne suis pas étonné que ce galeriste ait pu avoir en sa possession une centaine de pièces car j’estime qu’il doit y avoir plus de 200 originaux en circulation. Pour ce qui me concerne, j’ai des lettres qui prouvent que les rares originaux que j’ai vendus m’ont été donnés par Jacobs.

Une dizaine de planches à peine sont passées en vente publique. Le reste a donc été vendu sous le manteau. L’idée ne vous heurte pas, alors que la Fondation Jacobs est censée détenir toute l’œuvre depuis la mort de l’auteur, en 1987 ?

Je ne vois là rien d’incroyable, au contraire. Quand je m’occupais des retouches des planches de Jacobs aux éditions du Lombard, bien avant la création de la Fondation, je voyais souvent passer des planches originales des anciens albums. La gouache blanche utilisée par Jacobs contenait du blanc d’argent qui noircissait avec le temps. Il fallait repasser là-dessus avant de réimprimer les albums. Je peux vous dire qu’il manquait déjà, à ce moment-là une vingtaine de planches de La Marque jaune. On avait tiré des fac-similés dont Jacobs lui-même était très satisfait.

D’où pourraient provenir tous les originaux mis en vente ces dernières années si ce n’est pas des coffres de la Fondation ?

Quand Jacobs est mort, les deux tomes du Mystère de la Grande Pyramide et du Secret de l’Espadon avaient déjà été réédités. Les originaux avaient circulé. Monique Amelrijckx avait aussi fait un essai de recoloriage de La Marque jaune. Jacobs ignorait que son compagnon, Paul-Serge Mairesse, alias Marssignac, avait fait de la prison et que c’était un faussaire professionnel. J’ai d’ailleurs porté plainte contre lui pour vol. Il a été condamné au franc symbolique, le tribunal estimant sans doute, à l’époque, que toutes ces histoires de bande dessinée ne valaient pas grand-chose. Entre-temps, il avait tout vendu, via un libraire de Charleroi. On n’a rien pu récupérer. Un autre exemple ? Un jour, Michel Vandenbergh, un honnête homme qui travaillait pour le CBBD, m’a contacté pour me dire qu’il était tombé sur trois planches originales en provenance des coffres de la Fondation, qui n’avaient fait l’objet d’aucun document de prêt. Qui fallait-il accuser ? En 2004, après l’expo Jacobs au CBBD, j’ai été aux coffres par hasard, faire un rapide inventaire des pièces prêtées. Elles étaient revenues sous cadre et j’ai eu la surprise de découvrir parfois, à la place de certains originaux, des fac-similés. Qui avait pris quoi ? Je n’en sais rien mais quelqu’un a rénové sa maison un peu plus tard…

Pourquoi avez-vous accepté d’authentifier des pièces mises en vente dont la provenance n’était pas claire ? En votre qualité de président de la Fondation, votre première mission n’était-elle pas de veiller à ce qu’elles rentrent dans le giron de la Fondation, plutôt que de les voir dispersées ?

Ce n’est pas moral que ces pièces soient sur le marché, je le reconnais. Mais il ne faut pas oublier que quand j’ai porté plainte après la mort de Jacobs pour le vol d’originaux dans sa maison du Bois des Pauvres, les coupables avaient été blanchis par la justice. Le tribunal a estimé que « possession vaut droit ». Parmi les indélicats, il y avait mon demi-frère, Guy Imperiali, qui a vendu tout ce qu’il avait pu dérober. Il avait une mansarde de pièces volées où j’ai vu une farde avec la couverture originale de Chlorophylle contre les rats noirs , que Raymond Macherot avait offerte à Jacobs ! Elle est arrivée, bien plus tard, entre les mains d’Eric Leroy. Tout ceci pour dire que puisque la justice avait donné raison aux voleurs, il n’y avait aucune raison de ne pas faire de certificat d’authenticité pour des pièces originales qui le justifiaient. En échange, j’en profitais pour exiger du vendeur la réalisation d’un fac-similé, afin de compléter les archives de la Fondation. J’ai arrêté de signer des certificats en 2010, après que le conseil d’administration de la Fondation me l’a interdit.

Eric Leroy est l’un des premiers experts cités, dès que l’on parle des ventes d’originaux de Jacobs. Vous le connaissez bien ?

Nous avons très souvent été en contact, non pas pour que je lui vende des planches mais pour me demander des certificats d’authenticité. Il m’invitait souvent au restaurant. Il m’a présenté au conseiller diplomatique Hubert Védrine ou au critique d’art Pierre Sterckx. Mais j’ai fini par me lasser de certaines de ses pratiques. J’ai eu le sentiment qu’il se servait de moi et des certificats pour augmenter la valeur de certaines pièces et pouvoir les revendre plus cher, à son profit, en Suisse ou à Hong Kong. Depuis bientôt deux ans, je refuse tout contact avec lui.

Il paraît qu’on vous a vu à Monaco et en Russie avec des œuvres d’art : encore une rumeur ?

Ah ! Ah ! Sachez que quand on entre en Russie avec une œuvre d’art, il faut payer 13 % de la valeur estimée de la pièce, avant même de savoir si on va réussir à la vendre. C’est une obligation légale. J’ai été plusieurs fois en Russie mais c’était pour vendre des tableaux personnels. Quant à Monaco, qu’est-ce que j’aurais été y faire ? J’ai vendu les deux sociétés que j’avais en Belgique, où on n’est pas taxé sur les plus-values. J’ai des preuves et des arguments pour casser toute cette machinerie destructrice montée contre moi !

Si 200 planches sont dans des collections privées contre la volonté testamentaire de Jacobs, n’est-ce pas la mission de la Fondation de les signaler volées, de porter plainte contre X ?

Je vous rappelle que c’est ce que j’avais fait après le décès de Jacobs et le pillage du contenu de sa maison du Bois des Pauvres. Je n’avais pas eu le soutien de la Fondation pour cette action en justice. Or je portais tout de même plainte, entre autres, contre le beau-fils de Jacobs, René Quittelier, et contre mon demi-frère, Guy Imperiali, qui avait emporté des cartons entiers de documents précieux. À l’époque, c’était Louis Bos le président de la Fondation. Il porte une lourde responsabilité sur ce qui s’est passé. La maison de Jacobs est restée ouverte à tout vent et ça arrangeait bien les voleurs. Puis, quand j’ai demandé la restitution des pièces disparues, la justice a répondu, en 1989, qu’il était légalement impossible de le faire. Après ces événements, il était clair qu’on ne pourrait plus jamais rien réclamer au nom de la Fondation.

Dany Dewilde, commissaire de « 9th Art » au Musée d’art contemporain de Gand, nous affirme que vous aviez déposé des fac-similés à la place des originaux inscrits dans la convention de prêt de cette exposition. Toutes les pièces conservées dans les coffres de la Fondation sont-elles bien des originaux ?

Vous m’apprenez quelque chose. Je ne vois qu’un grand trou dans ma mémoire. Je n’ai jamais rien organisé là-bas. Il doit certainement y avoir erreur sur la personne.


Daniel Maghen: «J’ai vendu officiellement avec des factures»
MIS EN LIGNE LE 17/09/2017 À 17:38 PAR DA.CV.

Expert et galeriste renommé, Daniel Maghen a mis en vente des fardes entières d’originaux de Jacobs. Il a accepté de répondre à certaines de nos questions mais invoque légitimement le secret professionnel pour ne pas répondre à la plus importante, celle qui concerne ses fournisseurs…

Daniel Maghen dans sa galerie.Daniel Maghen dans sa galerie.

À qui avez-vous acheté et vendu des planches de Jacobs ?

J’ai vendu des planches tout à fait officiellement avec des factures. Pour ce qui concerne ceux qui me les ont vendues ou achetées, il est de mon devoir de préserver la confidentialité.

Les originaux de Jacobs sont rares sur le marché. Il avait fait don de toute son œuvre à sa Fondation : vous ne vous êtes pas interrogé sur la provenance de ces pièces de musée ?

Les pièces que j’ai vendues sont sur le marché depuis des années. Je me suis assuré qu’aucune déclaration de vol ou de perte ne les concernait.

Le testament de l’auteur était clair : toute son œuvre, y compris ce qui aurait été perdu ou dérobé, appartenait à la Fondation. Il n’y avait pas pour vous d’obligation morale à l’égard de la mémoire du maître ?

Vous me parlez de morale et de patrimoine. Je suis marchand d’art. Mon métier, c’est de rechercher les plus belles pièces à offrir à mes clients. La première planche de Jacobs qui a été vendue par un de mes clients avait été obtenue auprès d’Eric Leroy. J’ignore sa provenance et des années plus tard, j’ai eu moi-même des œuvres de Jacobs. À qui appartenaient réellement les originaux vendus ces dernières années ? Était-ce à la Fondation ? Je ne sais pas. Je n’ai pas connu Jacobs. Il n’a pas eu d’enfants. Avait-il ou non cédé des originaux à quelqu’un ? Je ne suis pas compétent en la matière. De son temps, les planches avaient peu de valeur et n’intéressaient personne !

Dans le milieu du marché de l’art, vous êtes cité comme le premier fournisseur de planches de Jacobs. C’est exact ?

Si tant de collectionneurs vous citent mon nom, c’est parce que j’ai montré ces pièces à ceux qui s’intéressent aux originaux de BD et à Jacobs, en France comme en Belgique ou ailleurs…

Plus de cent originaux auraient transité rien que par votre galerie : vous confirmez ou vous infirmez ?

Vous citez le chiffre d’une centaine de planches en circulation. Je pense que comme pour Hergé, Franquin, Peyo, Tillieux, on peut sans doute effectivement l’évaluer à une centaine de pièces en comptant les dessins, les planches, les crayonnés, les études…

À combien estimez-vous la valeur de vente de ces originaux de Jacobs ?

L’échelle de valeur d’une planche de Jacobs va de 40.000 euros à 200.000 euros.

Une nouvelle Fondation Edgar Jacobs remplace l’ancienne. Entre-temps, les orignaux ont été confiés à la Fondation Roi Baudouin : une bonne nouvelle pour la transparence des valeurs sur le marché de l’art ?

J’ai été informé d’un contentieux entre la nouvelle Fondation Edgar Jacobs et le groupe Média-Participations, propriétaire des droits d’édition des albums de Blake et Mortimer, parce que Nick Rodwell, président de Moulinsart, détenteur des droits de Hergé et concurrent de Média, fait partie des administrateurs de cette nouvelle Fondation. Cela ne me concerne en rien.

303. Victor Hugo - 19/09/17 17:01
Moi non plus, ils font chier c'est marqué "Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre", mais très vite il ne l'est plus. Je copie/colle ce que je peux alors.

François Schuiten sur l’héritage pillé de Blake et Mortimer: «La postérité de l’œuvre est compromise!»
Mis en ligne le 17/09/2017 à 08:48

Par Daniel Couvreur

Qui a joué avec les clés des coffres de la Fondation Jacobs ? Nous avons mené l’enquête pendant plusieurs mois pour comprendre comment plus de 200 originaux de Blake et Mortimer se sont évaporés. François Schuiten réagit vigoureusement à l’enquête du « Soir ».
Edgar P. Jacobs et Philippe Biermé (ex-responsable de la Fondation Jacobs) ont été très complices dans le travail. Le créateur de Blake et Mortimer le considérait comme son fils spirituel. © Jacques Labeye.
Edgar P. Jacobs et Philippe Biermé (ex-responsable de la Fondation Jacobs) ont été très complices dans le travail. Le créateur de Blake et Mortimer le considérait comme son fils spirituel. © Jacques Labeye.
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Lecture zen

Défenseur exemplaire du patrimoine belge de la bande dessinée, le dessinateur des Cités obscures, François Schuiten, a fait don de son vivant des planches les plus remarquables de son œuvre à la Fondation Roi Baudouin et à la Bibliothèque Nationale de France. Dans les années 1970, quand Jacobs cherchait un collaborateur pour terminer le second tome des 3 Formules du professeur Sato, il avait hésité à se proposer. Aujourd’hui, il se rattrape en travaillant sur un album d’hommage aux personnages de Blake et Mortimer. Dans l’entretien exclusif qu’il nous a accordé, il ne cache pas sa colère de voir disperser les joyaux de Jacobs. Un galeriste parisien est venu lui en présenter une trentaine dans son atelier.

Jacobs a-t-il été trahi ?

Il avait mis au point le scénario parfait : une Fondation pour la conservation des originaux, une maison d’édition pour s’assurer que ses livres continueront bien d’être édités, un studio pour veiller à l’archivage, à la restauration, à la reproduction de ses œuvres. Le dispositif était exemplaire. Chacune de ses planches est un trésor de minutie invraisemblable. Voilà pourquoi il voulait que ses planches échappent au monde marchand. S’il avait créé une Fondation, c’était pour que ça n’arrive pas. Il y avait investi ses deniers personnels. Il a été visionnaire en matière défense du patrimoine BD.

Comment se fait-il que personne n’ait tiré la sonnette d’alarme ?

d-20160209-G5V7D3 2016-02-23 23:51:37

« Deux cents planches dans la nature, c’est très grave ! » - François Schuiten

Il y a là un scandale absolu ! Je ne comprends pas que dans un pays si sourcilleux en matière de règles sur les héritages et les fondations, les pouvoirs publics n’aient rien contrôlé pendant trente ans ! Tout le monde savait qu’il existait une Fondation Jacobs, dont la mission est de protéger cette œuvre. On a assisté à un mécanisme extrêmement pervers. Les premières planches dérobées sont d’abord apparues en ventes publiques. Il n’y en avait jamais plus d’une à la fois. Du coup elles ont atteint des montants énormes, parce que tout le monde était convaincu que le reste était bloqué dans les coffres. Stratégiquement c’était remarquable. Et puis le rythme s’est emballé. Des paquets de planches sont apparus sous le manteau et j’en ai eu en main une trentaine…

Quelle a été votre réaction ?

Cela se passait il y a un an et demi, via un galeriste français important à qui j’ai affaire régulièrement. J’étais émerveillé. Le travail de Jacobs est une épure de l’épure. J’ai découvert qu’il dessinait au dos de ses planches pour corriger certains détails en les passant ensuite à la table lumineuse. D’un côté, j’étais heureux de voir ça et ces crayonnés au dos des planches devraient aider les experts à reconnaître les faux. Ça me ramenait aussi à mes propres doutes, à mes propres repentirs. D’un autre côté, j’étais interloqué. Les planches étaient proposées entre 200 et 250.000 euros, en catimini… Je me demandais ce que faisait la Fondation. J’étais interloqué.

Vous n’avez pas songé à donner un coup de pied dans la fourmilière ?

C’est difficile. Tout le monde se tient, entre celui qui a sorti les planches du coffre, l’intermédiaire qui les vend, celui qui les propose aux collectionneurs… Chacun évite d’être transparent. Beaucoup d’auteurs contemporains vendent leurs planches pour vivre mais ce n’était pas le cas de Jacobs. La vente des planches de Blake et Mortimer ne bénéficie en aucun cas à l’auteur, disparu depuis trente ans, ni à sa Fondation, mais à des gens qui n’ont aucun respect pour l’œuvre. C’est là que j’enrage. Deux cents planches dans la nature, c’est très grave ! C’est toute la postérité de l’œuvre qui est compromise. Dans un pays qui se prétend la patrie de la BD, c’est à hurler de honte.

La Fondation Roi Baudouin détient désormais les clés du coffre : le pire est derrière nous ?

J’attends de voir l’ampleur des dégâts. Je voudrais savoir précisément ce qui manque. Cela devra être dit ! Alors seulement, on pourra se réjouir que le reste soit entre les mains de la Fondation Roi Baudouin. J’espère qu’il restera suffisamment de pièces pour honorer dignement la mémoire de Jacobs et monter la première vraie rétrospective de son œuvre car depuis sa mort, la Fondation n’a jamais fait son job.

Faut-il porter plainte ? Sera-t-il possible de récupérer tout ou une partie de ce qui a été volé ?

Il serait indispensable de localiser ce patrimoine et, à tout le moins de persuader les collectionneurs de pouvoir le répertorier et le reproduire. Il faudra aussi rendre des comptes car c’est le mot que je n’entends pas dans cette malheureuse histoire ! La Fondation Jacobs était devenue un lieu de non droit. Comment une Fondation a-t-elle pu exister aussi longtemps sans un inventaire du patrimoine qu’elle est censée protéger ! Comment aucun des organismes de contrôle public, pourtant nombreux dans ce pays, n’a jamais posé la question des actifs de cette Fondation, de leur inaliénabilité ?

302. marcel - 19/09/17 16:43
Je suis pas abonne au Soir, et l'info n'a semble-t-il été reprise nulle part.
On sait comment les planches ont été sorties de la Fondation ?... C'est une petite partie ou un grand nombre ?...

301. Victor Hugo - 19/09/17 16:08

300. Quentin - 19/09/17 10:31
Daniel Maghen a l'air d'être un vrai filou. Vendre des objets volés, ca s'appelle du recel. Et c'est pas parce qu'on a des factures que c'est légal.

299. Victor Hugo - 19/09/17 01:48
«Blake et Mortimer» victimes du casse du siècle
Un article passionnant de Daniel Couvreur sur les plus de 200 originaux de Blake et Mortimer se sont évaporés du coffre de la Fondation Jacobs.
http://plus.lesoir.be/114448/article/2017-09-16/blake-et-mortimer-victimes-du-casse-du-siecle


Et on y retrouve notre ami Daniel Maghen, qui se défend très bien...
Plus tard, le galeriste parisien Daniel Maghen a aussi vendu des planches. J’en ai vu 50 et une dizaine de couvertures du journal Tintin chez lui, ainsi que des calques de la Pyramide et de La Marque jaune. A mes yeux, ce qui était là ne pouvait provenir de la Fondation. Maghen m’a répondu qu’il avait des factures d’achat en règle et que ses avocats l’avaient assuré de son bon droit. »

«J’ai vendu des planches de Jacobs tout à fait officiellement avec des factures, nous indique Daniel Maghen, Pour ce qui concerne ceux qui me les ont vendues ou achetées, il est de mon devoir de préserver la confidentialité à ce sujet. Je dois protéger les intérêts de mon business.»

«Dans l’intervalle, on a constaté, à partir de 2015, une grande évasion de planches originales des aventures de Blake et Mortimer. Nous avons été alertés par des collectionneurs auxquels Daniel Maghen avait montré un lot d’une centaine de planches mais la Fondation n’existait plus.»



298. froggy - 06/07/17 18:36 - (en réponse à : seb)
En principe, il y en a un de prevu a la fin de l'annee dessine par Aubin, il s'appellera Huit heures a Berlin.

297. sebpernet - 06/07/17 09:06
Quelqu'un sait pour quand est programmé le prochain B et M ?

296. TILLIERTON - 15/12/16 08:50
Le DBD Hors-série n'est pas mal non plus .
Ce "8 heures à Berlin" s'annonce prometteur.

295. herve - 14/12/16 22:42
Dans "l'héritage Jacobs", Juillard confie (page 138)vouloir "se mettre en congé de B&M"

Sinon, je viens de terminer L'héritage Jacobs :

Sorti en même temps que "le testament de William S" de Sente & Juillard, cet ouvrage est certainement le livre le plus complet que j'ai lu sur la période post-Jacobs.
Jean -Luc Cambier et Eric Verhoest, qui avaient déjà signés un inoubliable "Blake e Mortimer [histoire d'un retour]" en 1996, nous offrent un magnifique recueil d'entretiens avec les différents repreneurs de Blake et Mortimer (scénaristes et dessinateurs ).
Le tout est accompagné d'une iconographie abondante, parfois inédite (les crayonnés du prochain album "huit heures à Berlin", par exemple) assez bluffante pour un tel livre.
La présence de nombreuses esquisses, crayonnés, reproduction d'ex-libris ,mais aussi d'entretiens sans langue de bois, en font un ouvrage passionnant. Pour ma part, j'ai mis pas mal de temps à le parcourir, allant de temps en temps regarder les albums de Blake et Mortimer pour me remémorer certaines planches.

Même si on s'en doutait, on découvre ici la pression exercée par l'éditeur sur les dessinateurs pour sortir leur album à temps, mais aussi les tensions entre auteurs, notamment entre Jean Dufaux et Antoine Aubin, ainsi que le rôle réel d'Etienne Schréder sur les derniers albums de Blake et Mortimer.
Une analyse assez réaliste des auteurs vient compléter ces entretiens.
Un ouvrage que les admirateurs de nos célèbres héros britanniques doivent lire, by jove !

294. froggy - 14/12/16 22:19 - (en réponse à : Marcel)
Selon le forum d'en face concurrent mais neanmoins ami que tu refuses de frequenter (heureusement pour nous, tes frequentations d'ici sont excellentes. LOL), Le testament de William S. serait le dernier Juillard. Mais je ne sais pas si c'est vrai.

293. marcel - 14/12/16 10:25
Je ne crois pas que ca ait ete signale ici mais un prochain diptyque est en preparation, sur scenario de Sente, mais dessine par Peter Van Dongen et Teun Berserik.
Van Dongen a peu publie en France, mais il avait assiste Theo Van Den Boogaard pour ses tests de reprise (refuses).

292. TILLIERTON - 29/11/16 19:04
J'ai entraperçu les 2 premières planches de "huit heures à Berlin ", crayonnées. Un modèle du genre, un régal .

291. froggy - 29/11/16 17:43
290. TILLIERTON - 29/11/16 13:49
Pour illustrer la politique éditoriale, quand ils ont remercié Aubin pour la conclusion de "l'onde Septimus" provoquant et prenant l'initiative d'un ratage total. Il est étonnant d'avoir trouvé un dessinateur ayant accepté de terminer dans ces conditions


Aubin ne me semble pas etre rancunier vis-a-vis de Dargaud car il est en train de plancher sur une nouvelle aventure de B&M intitulee Huit heures a Berlin prevue pour la fin 2017. Je presume que cette fois-ci, il a fait inclure dans son contrat une clause qu'il le finira seul et ce quelque soit le temps que cela prendra.


286. herve - 29/11/16 09:49
Ce livre est surtout une critique sur la politique éditoriale de Dargaud, poussant les auteurs à produire de plus en plus vite, au détriment de la qualité


C'est exactement ce que je pense. B&M n'est pas un produit industriel comme les autres, on ne peut pas les faire a la chaine. Comme toute autre oeuvre artistique d'ailleurs.

290. TILLIERTON - 29/11/16 13:49
Pour illustrer la politique éditoriale, quand ils ont remercié Aubin pour la conclusion de "l'onde Septimus" provoquant et prenant l'initiative d'un ratage total. Il est étonnant d'avoir trouvé un dessinateur ayant accepté de terminer dans ces conditions

289. TILLIERTON - 29/11/16 13:43
C'est la plus sympa. Combien d'exemplaires par rapport à la classique, très moche ?

288. herve - 29/11/16 13:39
je viens de passer à La Fnac et il ne reste plus un seul exemplaire de l'édition avec couverture alternative Fnac du "Testament de William S."

287. TILLIERTON - 29/11/16 10:01
D'ailleurs, je suis à peu près certain que le rythme va s'accélèrer. No1 des ventes, une part de marché substantielle, y'a des pépettes à prendre . C'est la politique du tiroir-caisse et les auteurs eux-mêmes ne crachent pas dans la soupe. C'est l'évolution, triste, de la BD, où il ne subsistera bientôt que des méga-blockbusters

286. herve - 29/11/16 09:49
Ce livre est surtout une critique sur la politique éditoriale de Dargaud, poussant les auteurs à produire de plus en plus vite, au détriment de la qualité

285. Piet Lastar - 28/11/16 18:49 - (en réponse à : herve)
Confirmes-tu le regard critique porté aux repreneurs ?

284. herve - 26/11/16 13:06
je suis en train de lire "l'héritage Jacobs".
Très intéressant.
Très belle iconographie
Ce sont les mêmes auteurs que "B&M, histoire d'un retour" (épuisé à ce jour)qui signent cet ouvrage.

283. Piet Lastar - 26/11/16 10:52
Voici une série qui divise les lecteurs. Inconditionnels de Jacobs, fans de SF, admirateurs de la redondance texte-dessin, british lover, ...

Cette passion m'échappe un peu. Pour moi, cette série compte quelques purges (Espadon, Atlantide, Piège, Formule, 30 deniers, Onde).
Bien souvent, le début du récit m'accroche puis trop de SF et de longueurs scénaristiques et textuelles m'ennuient terriblement, comme dans Pyramide, Marque, et Rendez-vous, par exemples.

Mes préférences vont à SOS Météores et à la Machination Voronov.

Des avis éclairants sur "L'héritage Jacobs" ?

282. lobabu - 25/11/16 17:33
"La machination Voronov"! Heureusement que c'est le week-end...

281. lobabu - 25/11/16 17:30
C'est cinglant mais aussi partisan. "L'affaire Francis Blake" est pas mal bien que très inspirée des "39 marches" mais pourquoi pas. "L'étrange rendez-vous" est risible,"L'onde Septimus" une purge.
Par contre, il ne cite pas "L'affaire Voronov", le meilleur depuis la reprise ni "Le bâton de Plutarque" ou "le serment des 5 lords". C'est vrai qu'ils sont de Sente. Je confesse bien aimer ce scénariste. Ce que j'apprécie particulièrement, c'est sa capacité à intégrer dans l'aventure des éléments/personnages historiques. C'est vrai que des fois il se plante, mais il vaut largement les autres scénaristes

280. marcel - 25/11/16 16:24
En regardant les pages presentees dans cet article, je me demande si Juillard ne serait pas lui aussi passe a SketchUp. Faudrait que je voies de plus pres mais cette impression de personnages poses dans un lieu trop grand et trop ordonne, avec une profondeur bizarre...

279. herve - 24/11/16 23:28
Un article assez voire très cinglant sur le dernier "Blake et Mortimer" ici

278. froggy - 09/02/16 23:45 - (en réponse à : marcel)
Le temps passe tellement vite que je croyais Le Journal d'un Ingenu plus vieux que cela, une fois de plus et comme d'habitude, tu as raison, puisque l'album est sorti en 2008. Il faut dire que cet album est tellement bien que j'ai l'impression de l'avoir toujours lu alors qu'il y en a d'autres, je ne m'en souviens deja presque plus une semaine apres les avoir lus. Bizarre autant qu'etrange, n'est-il pas?

277. marcel - 09/02/16 23:01
Ainsi, en 2004, pm nous annoncait fierement un scoop sublime (post #219), un B&M dessine par Bravo ecrit par Sfar

Ah oui, mais ca c'est bien anterieur au Journal d'un ingenu, c'est l'editeur qui a refuse leur projet (les cons, ils doivent s'en bouffer les doigts), et les premieres planches sont trouvables (et elles sont sublimes).

276. froggy - 09/02/16 22:55 - (en réponse à : marcel)
Le B&M de cette annee s'appelle Le testament de William S. selon des informations venant du forum d'en face concurrent mais neanmoins ami. Comme nos heros sont anglais, William S. est evidemment William Shakespeare et non William Saurin.

Sinon, j'ai relu quelques vieilles interventions et il semble que tout le monde a eu des projets de faire un B&M. Ainsi, en 2004, pm nous annoncait fierement un scoop sublime (post #219), un B&M dessine par Bravo ecrit par Sfar alors qu'Herve nous annoncait dans le post #215 que Juillard quittait la serie.

12 ans plus tard, il semble que Bravo a prefere dessiner une enorme suite suite a son Spirou & Fantasio, Le Journal d'un Ingenu, on annonce 250 planches publiees en un seul volume et Juillard dessine toujours les scenarios de Sente. Quant a Dufaux, on avait parle d'une trilogie qui aurait commence avec L'Onde Septimus. Comme tout cela ne s'est pas realise, je me pose la question; nous aurait-on menti?

Le probleme avec le Dufaux est qu'on esperait une explication a son album abscons et confus dont la lecture s'apparente a un pensum. Il n'en sera rien a priori a moins que les predictions "marcelliennes" ne s'averent aussi rigoureuses que celles de pm et d'Herve. Du coup, je ne sais plus ce qu'il faut esperer.

275. torpedo31200 - 09/02/16 20:43 - (en réponse à : marcel - post # 274)
Pas encore officiel, mais Revoir Paris # 2 de Schuiten serait vaguement prévu pour septembre, voire novembre.
Donc oui, le Blake & Mortimer est certainement repoussé à 2017 ou plus loin.

274. marcel - 09/02/16 14:41
Bon, le B&M de 2016 est un Juillard/Sente, le 2017 est un Aubin (donc a priori scenarise par Bocquet et Fromental), donc torpedo semblait bien prevoir en annoncant 2018 pour le Schuiten.
Je constate donc que Dufaux a fait son petit album bien pourri que tout le monde a trouve naze, puis il a lache l'affaire. Tant mieux.
Bon, j'avais trouve Le baton de Plutarque tres mauvais aussi. Mais je suis curieux de savoir ce que Bocquet et Fromental peuvent faire sur les personnages... Memoires d'un 38 et Les aventures d'Herge sont tout de meme 2 excellents albums, et leur travail separement ou avec un autre complice sont egalement souvent tres reussis (Le prive d'Hollywood, Dorian Dombre, Jamais deux sans trois, Ivan Casablanca...).

273. marcel - 29/12/15 21:14 - (en réponse à : Torpedo)
Je comprends mieux, du coup.
Et je fais semble-t-il partie des mauvaises langues...

272. TILLIERTON - 29/12/15 19:11
Ca va être dur d'intercaler et d'inventer des histoires en respectant la chronologie. Une majorité des histoires se déroule dans les années 50. Ne pas se planter pour assurer la cohérence des dates. Alors? Faire vieillir les personnages et les transposer dans les 60's ou les 70's

271. torpedo31200 - 29/12/15 17:51 - (en réponse à : post # 270 add)
Pour être plus clair, Dufaux aurait investi des efforts et donc une certaine somme pour protéger son travail.
(Les mauvaises langues diront qu' il aurait mieux fait de se payer un co-scénariste...)



 
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