Au milieu du gros bordel constitué de plusieurs piles de bouquins qui s'amoncellent - ça s'appelle un bureau, en l'occurrence - je m'en suis remis à l'inspiration avec, comme ordre de bataille 1) extraire un T. 1 de ce fatras 2) avoir une première impression positive 3) le lire 4) le chroniquer pour BD-Paradisio. Et, accessoirement, 5) ranger ce foutu bordel mais ça c'est une autre histoire. Océanica. Le titre sonne bien, tout ce qui rappelle la mer m'a toujours attiré, mes origines bretonnes sans doute. Tiens, un sticker "par l'auteur de Mangecoeur" me signale derechef que ça vaut certainement le coup (un sticker, ça sert plus ou moins à ça : "vous avez aimé truc ? alors vous allez aimé bidule parce que c'est du même auteur". En l'occurrence Jean-Baptiste Andreae, le dessinateur). On arrive directement au 3). Futur indéterminé, pleine mer, un gigantesque navire transporte à son bord une foule d'individus passablement barrés dont la seule occupation semble de faire la fête. La croisière s'amuse (ah, ah), mais pas toujours de bonne grâce… Le discours inaugural du capitaine, barbe de rigueur, est laconique : "Que la fête commence !". Pourtant, un petit garçon s'ennuie "et dire que c'est comme ça tous les soirs. Ce bateau est rempli de cinglés, on boit, on mange, on se déguise, et après ?" se lamente-t-il. Un personnage (un petit rhinocéros appelé Philéon qui parle de lui à la troisième personne) rompt alors cette drôle de croisière en atterrissant son engin volant en catastrophe sur le navire afin d'échapper à ses poursuivants. Les forces spéciales chargées de la sécurité, dirigées par un certain Finoiseau - une sorte d'aigle nazi grotesque et fou furieux- font croire aux que Philéon est atteint d'une maladie grave. Solution finale (…) : l'attraper et l'achever, il va sans dire. Philéon n'avait pourtant qu'un seul rêve : quitter bord et descendre sur terre, enfin ! Aidé du jeune garçon et de sa mère, Philéon ira jusqu'au bout de son obsession en rejoignant la cale malgré les forces spéciales, amenant avec lui ses compagnons d'infortune dont le capitaine, déchu de son autorité par Finoiseau et une jeune femme réfugiée ici bas. Une (frêle) embarcation jetée à la mer, et les voici enfin hors du navire, à la dérive. Terre ? Non, face à eux la banquise, glacée et inquiétante. Pour la terre, ce sera une autre fois. FIN de l'épisode, à suivre. Comme j'arrive au bout du 4), je dois vous avouer que ce récit (écrit par Patrick Fitou) joyeusement déjanté m'a enchanté. Un humour à la Monthy-Pithon, un graphisme signé Jean-Baptiste Andreae capable de restituer ces ambiances folles et de mettre en scène des personnages farfelus (l'opposition Philéon/Finoiseau est un régal), un ton à la Little Némo, Philémon (mon cher Fred, tu en serais surpris !), Porco Rosso ou Water-World (d'accord, ce n'est pas la meilleure référence, mais y'a quelque chose) fonctionnent miraculeusement. Ce qui, avouez le, n'était pas gagné d'avance… Maintenant je vous laisse parce que j'ai le point 5) à réaliser. Et ce n'est pas gagné d'avance non plus, grumbl….